RDC : un mémorial pour les martyrs chrétiens du 16 février 1992

19 février 2021

RDC : un mémorial pour les martyrs chrétiens du 16 février 1992

Vingt-neuf ans jour pour jour depuis que des milliers de chrétiens congolais bravaient la peur de la terrifiante dictature de Joseph-Désiré Mobutu, alors président du Zaïre de 1965 à 1997, actuellement la République démocratique du Congo. Je me rappelle encore comme si c’était hier et j’aimerais ici témoigner d’un événement que j’ai personnellement vécu ce jour-là, dans ma chair et mon sang, et que pour rien au monde je n’oublierais.

Ce dimanche 16 février 1992, j’avais commencé ma journée par la prière et une action de grâce à l’Église presbytérienne de Yolo Sud, dans la commune de Kalamu, à Kinshasa. L’officiant de ce dimanche était le pasteur responsable de la paroisse, le Révérend docteur Kasonga wa Kasonga. À l’époque, il était également notre Secrétaire général académique aux Facultés protestantes au Congo, actuellement Université protestante au Congo (UPC). Une prédication éloquente et d’un enseignement puissant de ne pas avoir peur et de demander la grâce du courage de l’Esprit Saint.

« Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : Ta houlette et ton bâton me rassurent. » Psaume 23:4.

Aussitôt la prière de dimanche terminée, un mot d’ordre avait été donné pour aller marcher pacifiquement, pour exiger la fin de la dictature dans notre pays. En demandant la réouverture immédiate de la Conférence nationale souveraine qui avait été fermée unilatéralement par le premier ministre de l’époque, Jean Nguza Karl-I-Bond et son ministre de l’Intérieur, Mandungu Bula Nyati, avaient fermé « avec force ».

Tous les Chrétiens protestants et catholiques des Églises environnantes, nous prenions l’itinéraire de l’avenue de l’université pour faire jonction avec les autres marcheurs sur la place de la Victoire (rond-point Victoire, communément appelé Matonge, le grand carrefour de la ville de Kinshasa.

Arrivés au rond-point Bongolo, nous sommes stoppés par les militaires de la garde présidentielle de Monsieur Mobutu, qui nous ont lancé le gaz lacrymogène pour nous disperser, mais sans succès.
Le mot d’ordre de pasteurs protestants et prêtres catholiques qui nous accompagnaient était très clair : « agenouillez-vous et priez le Seigneur ».

Nous avons franchi cette barrière, non sans perdre une des nôtre qui tomba d’une balle perdue.
Arrivés proche du bureau de la Commune de Kalamu, là nous n’étions pas en mesure de franchir cette barrière qui, selon les dires de certains, c’étaient des militaires angolais de Jonas Savimbi qui n’avaient pitié pour personne et tiraient à balle réelle.

C’est là, à cet endroit précisément, que j’ai failli y laisser ma peau. J’ai inhalé une quantité importante de gaz lacrymogène et je commençais à suffoquer et à transpirer excessivement. Dieu merci, un inconnu est venue à mon secours, m’a arrosé sa bouteille d’eau et j’ai retrouvé mes esprits.

J’ai tenu absolument à raconter les évènements horribles et inoubliables du 16 février 1992, pour rappeler aux autorités politiques issues du combat pour la démocratie en République démocratique du Congo, de ne jamais oublier la mémoire de martyrs chrétiens tombés ce jour-là, de rescapés qui vivent avec les séquelles de ce traumatisme, ainsi que de toutes les victimes de la démocratie congolaise, que le sang de ces innocents et autres anonymes n’avait pas coulé pour rien. 

Il est du devoir des autorités politiques d’ériger un mémorial pour les martyrs des chrétiens du 16 février 1992. Cela serait la meilleure chose à faire pour honorer leur mémoire et pour se souvenir du prix à payer pour la Liberté et la Démocratie.

Isidore KWANDJA NGEMBO,  Politologue et analyste des politiques publiques

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