Union africaine – ZLEC : un accord qui bâtit le futur du continent

Au sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA), qui s’est tenu en mars dernier à Kigali, au Rwanda, quarante-quatre sur les cinquante-cinq États membres ont signé un accord-cadre pour la mise en place de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC).

Cet accord constitue une initiative ambitieuse de développement économique qui mérite d’être souligné et qui vise à créer de nouvelles perspectives commerciales pour les opérateurs économiques africains.

En effet, l’expansion du commerce sous-régional, régional et l’intégration économique continentale, sont essentielles pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les pays africains dans leurs efforts de développement.

L’initiative notable de renforcement de liens commerciaux pose des jalons pour accroître le commerce et l’investissement intrarégional, qui sont la clef de voûte du commerce Sud-Sud et viendrait ainsi pallier aux difficultés économiques du continent.

Dans le monde actuel, le commerce des services est un secteur de l’économie mondiale qui connaît une croissance rapide et joue un rôle de plus en plus important pour le développement économique des États.

La ZLEC devrait permettre l’élimination progressive des droits de douane entre les pays membres, tout en favorisant le commerce intra-africain et ainsi sortir l’Afrique du piège dans lequel elle est prise depuis des années, de simple producteur des matières premières pour l’exportation.

Les économies modernes sont justement fondées sur la connaissance et les services, plutôt que sur l’exploitation des matières premières et le travail physique. Alors que la plupart des pays africains sont condamnés à rester pris dans le piège de simples producteurs et exportateurs des matières premières dont les prix sont fixés par les marchés internationaux, en dollar américain.

La dépendance aux matières premières expose les pays africains aux caprices des marchés mondiaux caractérisés par une très forte volatilité des prix.

Les poids lourds de l’économie africaine tels que l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte, l’Algérie, ont signé cet accord, à l’exception du Nigeria qui s’est abstenu pour l’instant.

Toutefois, la réalité c’est que, le commerce interrégional est beaucoup plus en expansion au détriment de celui intrarégional. L’Afrique, dans son ensemble, fait beaucoup plus facilement le commerce avec de pays d’autres continents qu’elle ne le fait aussi bien à l’intérieur des États du continent entre eux, soit autour de 16 % intra-africain, de 50 % avec l’Asie et de 70 % avec l’Europe.

Beaucoup des barrières subsistent encore et entravent les échanges en Afrique tels que le faible degré d’intégration économique et du commerce sous-régional et continental, la libre circulation des personnes et les politiques d’investissement souvent très conservatrices qui ne cadrent pas avec les réalités du monde économique actuel et qui ne sont pas propices à l’investissement, à la croissance et à la création d’emplois.

Le développement du commerce sous-régional doit être accompagné d’une plus grande coopération sous-régionale et régionale. Fort malheureusement, en Afrique, le commerce, même au sein des sous-régions : Afrique du Nord, de l’Ouest, australe et centrale, demeure beaucoup plus faible par rapport aux potentiels réels de la plupart des pays.

Pour que cette Zone de libre-échange continentale devienne une réalité tangible et vivante pour les citoyens de l’Union africaine, il est fondamental que les États africains dépassent les nombreuses barrières qui subsistent encore et qui entravent les investissements, les flux financiers et d’échanges régionaux. Il est également fondamental que les États améliorent l’environnement juridique et judiciaire des entreprises afin de sécuriser les investissements privés étrangers. Et enfin, qu’ils abolissement progressivement les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux à l’échelle du continent.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

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Isidore KWANDJA NGEMBO est analyste des politiques publiques. Il a fait des études supérieures en Éthique publique à l’Université Saint-Paul d’Ottawa ; en Science politique & relations internationales à l'École d'études politiques de l’Université d’Ottawa ; en Management public à l’École nationale d’administration publique (ENAP – Québec) ; en Droit international des droits de l’homme à l’Université catholique de Louvain & l’Université Saint-Louis de Bruxelles ; en Développement international à l’Université catholique de Louvain & l’Université libre de Bruxelles en Belgique. Auditeur en Droit international public, de l’Académie de droit international de La Haye.