Francophonie : Michaëlle Jean bien placée pour un second mandat

Il y a quatre ans, les chefs d’état et de gouvernement membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avaient choisi Michaëlle Jean comme secrétaire générale de la Francophonie, pour succéder à Abdou Diouf qui occupait ce poste depuis une douzaine d’années.

Le choix porté sur Michaëlle Jean a été fortement guidé par une série de critères, dont notamment, ses compétences, ses expériences antérieures et sa capacité d’action et de mobilisation qui allie à la fois dextérité et sensibilité. Michaëlle Jean a été considérée par beaucoup comme une candidate de convergence, dans la mesure où, elle faisait le trait d’union entre le Nord et le Sud ; plus précisément entre les pays de trois continents majeurs : Afrique, Europe et Amérique (latine et du Nord), ayant le français pour l’une des langues officielles, de travail ou d’administration publique.

L’élection de Michaëlle Jean à l’OIF a d’ailleurs été largement saluée à la fois par la plupart des États et gouvernements membres. Elle n’a pas non plus manqué de susciter un vif intérêt de la population francophone qui voyaient en elle un vecteur qui allait apporter un vent nouveau d’optimisme et insuffler une nouvelle dynamique à l’Organisation et à la réalisation du programme de la Francophonie économique qui ambitionne de devenir un espace économique et commercial.

Tout au long de ces trois ans et demi qu’elle a passée à la tête de l’OIF, Michaëlle Jean a fait montre, avec beaucoup d’énergie, de son engagement sans équivoque, son dévouement sincère et sa détermination à faire de l’OIF un espace de consultation, de dialogue, d’échanges, utiles à la compréhension de défis communs et de partenariats favorisant les actions conjointes et concertées à la recherche de solutions idoines. Elle a su démontrer qu’elle est une communicatrice efficace qui fait entendre la voix de la Francophonie sur la scène internationale, aussi bien au Conseil de Sécurité des Nations Unies que dans d’autres instances internationales et régionales.

Michaëlle Jean a su également démontrer l’étendue de ses qualités managériales, son indépendance d’esprit, sa franchise, et son habileté à gérer des situations de crises délicates et hautement sensibles au sein d’une organisation internationale composée à la fois des États démocratiques, économiquement avancés et fondés sur la primauté du droit et le respect des droits de la personne, mais également des pays pauvres en développement confrontés aux réalités spécifiques des gouvernements peu ou pas démocratiques, répressifs et souvent corrompus, qui foulent aux pieds les droits fondamentaux de leurs peuples.

Mme Jean s’acquitte de cette responsabilité avec compétence et intégrité. Elle porte tous ses efforts et ceux de ses équipes au cours de ce premier mandat qui s’achève en décembre prochaine, pour faire avancer les agendas communs, notamment la consolidation de la paix, de la démocratie et de l’état de droit ; la promotion de la diversité linguistique et culturelle ; la promotion de l’éducation et la formation en français ; la solidarité et la coopération économique indispensables au développement harmonieux et à la réduction de la pauvreté au sein de l’espace francophone.

Avec l’arrivée au sein du cabinet de Michaëlle Jean, d’un diplomate français de calibre international et ancien secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la paix, l’ambassadeur Hervé Ladsous, qui a une grande expérience dans les régions en conflits armés, il est indéniable que celui-ci va apporter une réelle plus-value et une plus grande visibilité aux actions d’appui à la consolidation de la paix, de la démocratie et de l’état de droit menées par l’OIF.

Soutien renouvelé du Canada, Québec et Nouveau-Brunswick

N’en déplaise à une certaine presse, très critique, qui a lancée une campagne de salissage sans précédent contre Michaëlle Jean, pour miner sa crédibilité et son intégrité personnelle, et ainsi tenter de nuire à ses chances de rempiler, elle conserve de bonnes chances d’être reconduite à son poste à l’OIF.

En visite officielle en France où il a été reçu par le président français Emmanuel Macron, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a, non seulement apporté son soutien inconditionnel à Michaëlle Jean, il a également invité les autres États et gouvernements membres à lui renouveler leur confiance lors du prochain Sommet de la Francophonie prévu à Erevan en Arménie, en octobre prochain, disait-il : « afin qu’elle puisse poursuivre et consolider « l’excellent travail » effectué depuis sa prise de fonction en janvier 2015 ».

À la sortie de sa rencontre avec le premier ministre du Canada, la secrétaire générale de la Francophonie a déclaré : « Le soutien du Canada est très important parce qu’il nous permet de poursuivre énergiquement notre action pour cette « Francophonie des solutions » pragmatique et concrète que nous développons depuis plus de trois ans ».

En mars dernier, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, également en visite officielle en France, avait déclaré publiquement aux côtés du président français Emmanuel Macron, soutenir pleinement le renouvellement du mandat de Mme Jean à l’OIF, tout en suggérant « davantage de rigueur et de transparence dans la gestion financière et administrative interne de l’OIF ».

Ce n’est pas anodin que les deux premiers ministres, Trudeau et Couillard, aient fait leurs déclarations de soutien à Michaëlle Jean juste après leur rencontre avec le président Macron. Ce qui laisse supposer que la France aussi soutiendrait cette candidature. Sans nul doute aussi que nombreux pays africains y verraient d’un œil sa reconduction, pour poursuivre et parachever les projets en cours.

Nous sommes fiers d’avoir une Canadienne à la tête d’une grande organisation internationale comme l’OIF. Madame Jean promeut activement nos priorités canadiennes comme l’égalité entre les hommes et les femmes et l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes … c’est pourquoi notre gouvernement appuie le renouvellement du mandat de Mme Jean, avait pour sa part déclaré la ministre canadienne du développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau.

Alors que les trois gouvernements du Canada qui avaient présentés et soutenus la candidature de Michaëlle Jean en 2014, se disent satisfaits du travail qui a été accompli jusqu’ici, il est déplorable de remarquer que les reproches proviennent très souvent de mêmes gens et sont teintés de beaucoup de partisanerie, au point qu’ils y perdent en crédibilité.

Mais malgré tous les reproches acrimonieux et parfois gratuits, il n’en demeure pas moins que Michaëlle Jean garde le cap sur les objectifs principaux à atteindre, à savoir, la matérialisation de la Francophonie économique, qui était l’un des axes majeurs du mandat que les chefs d’état et de gouvernement de l’OIF lui avaient confiés en 2014 au Sommet de Dakar. Et, fort de la confiance réitérée à la fois par les gouvernements du Canada, du Québec et du Nouveau-Brunswick, tous membres de l’OIF, et de leur appui indéfectible, nous pensons qu’il y a lieu de croire au renouvellement possible du mandat de Mme Jean pour un second mandat à l’OIF, que nous lui souhaitons aussi fructueux que le premier.

Avec cette annonce officielle du premier ministre Trudeau, du soutien inconditionnel du Canada, Michaëlle Jean vient de creuser un écart considérable avec les candidats potentiels qui seraient intéressés à lui succéder au poste de secrétaire générale de la Francophonie.

Il va sans dire qu’à moins de six mois du XVIIe Sommet de la Francophonie à Erevan, il serait hasardeux à un quelconque candidat de pouvoir prétendre gagner à l’élection d’octobre prochain. De toute évidence, il n’y a pas grand monde, à ce jour, qui se bouscule au portillon pour succéder à Michaëlle Jean.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

Union africaine – ZLEC : un accord qui bâtit le futur du continent

Au sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA), qui s’est tenu en mars dernier à Kigali, au Rwanda, quarante-quatre sur les cinquante-cinq États membres ont signé un accord-cadre pour la mise en place de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC).

Cet accord constitue une initiative ambitieuse de développement économique qui mérite d’être souligné et qui vise à créer de nouvelles perspectives commerciales pour les opérateurs économiques africains.

En effet, l’expansion du commerce sous-régional, régional et l’intégration économique continentale, sont essentielles pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les pays africains dans leurs efforts de développement.

L’initiative notable de renforcement de liens commerciaux pose des jalons pour accroître le commerce et l’investissement intrarégional, qui sont la clef de voûte du commerce Sud-Sud et viendrait ainsi pallier aux difficultés économiques du continent.

Dans le monde actuel, le commerce des services est un secteur de l’économie mondiale qui connaît une croissance rapide et joue un rôle de plus en plus important pour le développement économique des États.

La ZLEC devrait permettre l’élimination progressive des droits de douane entre les pays membres, tout en favorisant le commerce intra-africain et ainsi sortir l’Afrique du piège dans lequel elle est prise depuis des années, de simple producteur des matières premières pour l’exportation.

Les économies modernes sont justement fondées sur la connaissance et les services, plutôt que sur l’exploitation des matières premières et le travail physique. Alors que la plupart des pays africains sont condamnés à rester pris dans le piège de simples producteurs et exportateurs des matières premières dont les prix sont fixés par les marchés internationaux, en dollar américain.

La dépendance aux matières premières expose les pays africains aux caprices des marchés mondiaux caractérisés par une très forte volatilité des prix.

Les poids lourds de l’économie africaine tels que l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte, l’Algérie, ont signé cet accord, à l’exception du Nigeria qui s’est abstenu pour l’instant.

Toutefois, la réalité c’est que, le commerce interrégional est beaucoup plus en expansion au détriment de celui intrarégional. L’Afrique, dans son ensemble, fait beaucoup plus facilement le commerce avec de pays d’autres continents qu’elle ne le fait aussi bien à l’intérieur des États du continent entre eux, soit autour de 16 % intra-africain, de 50 % avec l’Asie et de 70 % avec l’Europe.

Beaucoup des barrières subsistent encore et entravent les échanges en Afrique tels que le faible degré d’intégration économique et du commerce sous-régional et continental, la libre circulation des personnes et les politiques d’investissement souvent très conservatrices qui ne cadrent pas avec les réalités du monde économique actuel et qui ne sont pas propices à l’investissement, à la croissance et à la création d’emplois.

Le développement du commerce sous-régional doit être accompagné d’une plus grande coopération sous-régionale et régionale. Fort malheureusement, en Afrique, le commerce, même au sein des sous-régions : Afrique du Nord, de l’Ouest, australe et centrale, demeure beaucoup plus faible par rapport aux potentiels réels de la plupart des pays.

Pour que cette Zone de libre-échange continentale devienne une réalité tangible et vivante pour les citoyens de l’Union africaine, il est fondamental que les États africains dépassent les nombreuses barrières qui subsistent encore et qui entravent les investissements, les flux financiers et d’échanges régionaux. Il est également fondamental que les États améliorent l’environnement juridique et judiciaire des entreprises afin de sécuriser les investissements privés étrangers. Et enfin, qu’ils abolissement progressivement les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux à l’échelle du continent.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

Les évêques catholiques congolais sollicitent l’aide du Canada en vue des élections

 

Une délégation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), conduite par son président, Monseigneur Marcel Utembi, archevêque de Kisangani et son vice-président, Monseigneur Fridolin Ambongo, Archevêque coadjuteur de Kinshasa et prochain successeur du cardinal Laurent Monsengwo, séjourne en ce moment au Canada pour solliciter de l’aide en vue des élections de décembre 2018.

La mission des évêques catholiques du Congo au Canada se rendra à Ottawa, Montréal et Toronto, essentiellement pour faire le plaidoyer auprès des autorités gouvernementales et religieuses, des milieux économiques et de la société civile canadienne engagée en faveur des droits de la personne, de la démocratie et de la justice sociale. Le but est de solliciter un appui diplomatique, technique et financier, une expertise canadienne, afin de garantir la réussite du processus électoral dans leur pays.

Le choix du Canada pour cette mission d’explication de la crise politique en République démocratique du Congo (RDC) et pour la sensibilisation du public canadien n’est pas fortuit. Le Canada est l’un des acteurs majeurs qui contribue aux efforts conjoints menés au niveau international pour aider et accompagner ce pays dans son processus démocratique.

Le peuple congolais réclame le respect des textes qui régissent la politique de leur pays. Conformément à la Constitution de la RDC (qui ne permet pas au président sortant, Joseph Kabila, de se représenter pour un troisième mandat) et à l’Accord de la Saint Sylvestre (signé le 31 décembre 2016 par le pouvoir en place et par l’opposition, et qui prévoyait à l’époque, alors que le mandat du président Kabila touchait à sa fin, d’organiser, entre autres, une présidentielle avant fin 2017, ce qui n’a pas été le cas), le peuple congolais, dans son ensemble, est déterminé à aller aux élections en décembre 2018 pour pouvoir enfin élire un successeur à Kabila, malgré certains défis d’ordre financier et technique qui restent à relever.

Les Canadiens d’origine congolaise croient profondément que leur pays, le Canada, en tant que pays fondé sur des valeurs fortes de droits et libertés pour tous, dont les principaux comprennent la primauté de l’État de droit, le respect du processus démocratique, des droits de la personne et des libertés fondamentales, peut jouer un rôle diplomatique crucial pour aider à faciliter une première alternance démocratique du pouvoir sans heurt dans ce pays.

Le Canada pourrait à la fois, aider à pousser le régime de Kinshasa à organiser des élections crédibles et transparentes, mais également apporter un appui technique et financier substantiel à ce pays pour l’aider dans son cheminement vers la tenue d’élections réellement libres, justes et inclusives, afin d’assurer une transition pacifique du pouvoir et parvenir ainsi à la stabilisation de ce pays qui a beaucoup souffert des affres de la guerre.

Genèse de la crise politique congolaise

La RDC connaît actuellement une crise politique et constitutionnelle extrêmement grave. Du président de la République aux Gouverneurs de provinces, en passant par les Sénateurs, les Députés nationaux et provinciaux… quels représentants et dirigeants élus des institutions politiques du pays sont toujours dans leur mandat ? Si la plupart d’entre eux exercent leur pouvoir hors mandat, n’y a-t-il pas là une grave crise de légitimité démocratique aujourd’hui en RDC ? Des élections s’imposent.

La situation actuelle d’instabilité politique généralisée dont souffre la RDC est principalement due au manque d’organisation des élections présidentielles et législatives pourtant prévues en décembre 2016 (comme dit dans l’accord de la Saint Sylvestre).

Cette situation inédite mène dangereusement à l’arbitraire, à la dérive autoritaire du régime et se traduit par la mauvaise gouvernance qui aggrave davantage la crise socio-économique et la détérioration continue des conditions de vie de la population.

Devant l’évidence que les élections ne pouvaient être tenues à la date prévue par la Constitution, les forces politiques et sociales congolaises, toutes tendances confondues, avaient accepté, à l’unanimité, de se retrouver autour d’une table de négociations avec l’aide de l’Église catholique locale en vue de rechercher une solution idoine pour sortir de cette crise de légitimité.

Les négociations politiques entamées, avec la médiation des clergés catholiques, ont permis de faire baisser la tension politique qui régnait à ce moment-là au Congo et d’éviter le chaos total qui aurait pu se produire à la fin du deuxième et dernier mandat du Président Joseph Kabila, le 19 décembre 2016.

À l’issue de ces négociations, la classe politique et la société civile sont parvenues à un compromis politique de sortie de crise. Ils ont signé un accord politique, ce fameux accord appelé communément « Accord de la Saint-Sylvestre », signé le 31 décembre 2016. Dans cet accord, il avait été décidé que le pouvoir et l’opposition conviennent de former un gouvernement de transition afin d’organiser des élections présidentielles et législatives au plus tard en décembre 2017 (et d’assurer la transparence du processus électoral). Mais le non respect et la non application de cet accord politique a permis à Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de la fin de son mandat constitutionnel et d’être toujours au pouvoir aujourd’hui, pour combien de temps encore ?

Car il faut malheureusement compter avec les sombres manœuvres des acteurs politiques congolais qui se traduisent par le manque de confiance mutuelle, de volonté politique, et surtout l’insouciance manifeste et le manque de compassion pour leurs concitoyens qui croupissent dans la pauvreté et la misère, dans un pays qui recèle de vastes ressources naturelles si convoitées par le monde entier.

C’est dans ce contexte difficile et grave que s’inscrit la démarche actuelle des Évêques congolais au Canada pour sensibiliser tous les hommes de bonne volonté, non seulement les responsables politiques, et économiques, mais aussi ceux qui travaillent dans les milieux sociaux et culturels. Tenter de sensibiliser de de mobiliser tous canadiens sur la situation actuelle que traverse la République Démocratique du Congo.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

OIF: Les vraies raisons du limogeage du directeur de la Francophonie économique

C’est trop réducteur d’affirmer que l’économiste togolais Kako Nubukpo a été congédié suite à sa tribune parue le 29 novembre dans le journal Le Monde Afrique : Franc CFA : les propos de M. Macron sont « déshonorants pour les dirigeants africains ».

Cette publication est certes une goutte d’eau de trop qui a fait déborder le vase. Mais c’est depuis bien longtemps que plusieurs observateurs intéressés au bon fonctionnement de l’OIF commençaient à être agacés par les sorties médiatiques intempestives de M. Nubukpo, considérées comme étant très dommageables pour l’Organisation, et surtout par le mutisme de la haute direction de l’OIF.

À première vue, les prises de position de M. Nubukpo dans le débat, « pour » ou « contre » l’usage du franc CFA, peuvent être considérées comme une démarche tout à fait logique d’un scientifique qui réfléchit sur une problématique de société dans laquelle il vit. Mais le hic, c’est que M. Nubukpo était en même temps le directeur de la Francophonie économique et numérique au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). À ce titre, il était tenu par le devoir de réserve, conformément aux Statuts de son organisation. Le sujet sur lequel il prenait souvent position publiquement concernait à la fois un certain nombre de pays d’Afrique francophone contre un autre pays francophone, pour ne pas le nommer, la France, tous membres de l’OIF.

Un sérieux problème éthique et déontologique

Dans toutes les administrations publiques, tant nationales qu’internationales, lorsqu’on embauche un nouvel employé, on procède d’abord à la vérification des antécédents, puis on lui fait signer un contrat dans lequel il s’engage au respect des valeurs, des principes et des règles du Code d’éthique et de déontologie.

En recrutant M. Nubukpo pour s’occuper des questions économiques de l’OIF, son employeur était censé être au courant de ses opinions en la matière. Néanmoins, il s’attendait également à ce que l’intéressé s’acquitte de ses fonctions en respectant des normes éthiques élevées sur les plans de l’objectivité et de l’impartialité, conformément aux devoirs et obligations prescrits par les Statuts de l’organisation.

M. Nubukpo devrait faire preuve de prudence dans ses propos, s’astreindre au devoir de réserve et s’abstenir de toute expression publique d’opinions qui pouvait porter atteinte aux intérêts de son organisation, et surtout, régler sa conduite en ayant uniquement en vue les intérêts de son organisation et ne servir que celle-ci.

Malheureusement, les prises de position de M. Nubukpo, certes judicieuses, posaient néanmoins un problème d’ordre éthique et déontologique qui risquait d’affecter sérieusement l’accomplissement harmonieux de ses fonctions et mettre à mal l’impartialité de l’OIF.

Les dispositions réglementaires et contractuelles de l’OIF à ce sujet sont très claires. Le Titre III du Statut du personnel actuellement en vigueur, stipule expressément ce qui suit, notamment en ce qui concerne les devoirs et obligations du personnel :

« 17. En acceptant leur nomination, les membres du personnel s’engagent à s’acquitter de leurs fonctions en ayant exclusivement en vue les intérêts de l’Organisation.
19. Ils évitent tout acte ou toute déclaration qui pourrait avoir des répercussions dommageables, eu égard au caractère international de leurs fonctions. Ils n’ont pas à renoncer à leurs sentiments nationaux ou à leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses, mais ils doivent, à tout moment, observer la réserve et la neutralité dont le statut international leur fait devoir.
21. Les membres du personnel ne peuvent se livrer, sans l’autorisation préalable du Secrétaire général, à aucune activité politique ou associative qui risque de porter atteinte à l’indépendance et à l’impartialité qu’exige leur qualité de membres du personnel de l’Organisation.
22. Les membres du personnel doivent observer en tout temps la plus grande discrétion dans l’exercice de leurs fonctions.
26. Le temps de travail des membres du personnel est exclusivement réservé à l’accomplissement des missions de l’Organisation.
26.3. Les membres du personnel s’abstiennent de toute conduite qui pourrait, directement ou indirectement, être incompatible avec l’exercice de leurs fonctions au sein de l’Organisation. »

En effet, si la notion d’impartialité commande celle de la neutralité, inversement, l’absence de neutralité induit l’absence d’impartialité. Au regard de ce qui précède, il est clair que M. Nubukpo a failli aux devoirs d’impartialité et aux obligations qui s’imposent aux fonctionnaires de l’OIF dans l’exercice de leurs fonctions, tout comme dans leur vie personnelle.

Quand bien même M. Nubukpo peut prétendre parler en son nom et non au nom de l’OIF, il reste qu’il était chaque fois présenté comme étant « directeur en charge de la Francophonie économique ». De ce fait, la ligne à tracer était très mince entre ses prises de position personnelles et la position officielle de son organisation, à ce sujet.

Même dans l’hypothèse où il s’agirait effectivement d’une position personnelle, mais dès lors qu’elle était exprimée par celui-là même qui était chargé de mener à bien l’action économique de l’OIF, il était relativement facile de faire un lien possible entre les deux positions. De toute façon, ses fonctions au sein de l’OIF lui offraient une plus grande visibilité faisant en sorte qu’il bénéficiait d’une présence accrue dans les médias imprimés et radiotélévisés pour exprimer publiquement ses opinions personnelles.

Tout en reconnaissant à toute personne le droit d’exprimer librement ses opinions, M. Nubukpo, en tant que fonctionnaire international, devrait néanmoins faire preuve de discernement dans ses faits et gestes, adopter une attitude impartiale, de manière à éviter tout conflit d’intérêt réel ou perçu, afin de ne pas susciter un malaise dommageable à l’OIF et embarrasser son employeur.

Il est donc clair qu’en montant au créneau pour défendre ses opinions contre le franc CFA, tout en fustigeant publiquement les États membres et certaines personnalités qui soutiennent le maintien de cette monnaie, alors que de par ses fonctions, il était tenu par l’obligation de réserve, M. Nubukpo doit avoir mesuré toutes les conséquences de ses prises de position, qui étaient en porte-à-faux avec les règles de l’organisation qui l’employait.

Pour éviter tout embarras possible, la haute direction de l’OIF se devait de clarifier rapidement et sans équivoque la position de l’organisation et agir en conséquence, sinon son silence serait interprété, à tort ou à raison, comme une approbation tacite de positions personnelles d’un fonctionnaire sur un sujet déliquat qui concerne plusieurs membres de l’Organisation.

Pour ou contre le franc CFA ?

Il est très important pour moi que ça soit clair comme l’eau de roche, que je ne suis pas en train de prendre position pour ou contre le franc CFA, mais je relève simplement un problème éthique et déontologique qui pouvait à la longue embarrasser sérieusement les dirigeants de l’OIF et créer un malaise entre les États membres.

Je suis très conscient que la question du franc CFA, notamment le besoin de recouvrer la souveraineté monétaire et financière des États concernés vis-à-vis de leur ancienne métropole, est extrêmement sensible au point que les dirigeants politiques de ces pays se sont toujours abstenus de toute prise de position publique pour l’abolition du franc CFA.

Quand bien même que la question de cette monnaie demeure un sujet tabou dans le milieu politique africain, son maintien ou non a toujours alimenté le débat public, tant dans le milieu universitaire qu’auprès de la masse populaire d’Afrique francophone.

Le franc CFA est une monnaie utilisée dans 15 pays du continent noir et considérée, à tort ou à raison, comme un vestige de la période coloniale et un obstacle rédhibitoire au développement des économies des pays de la Zone franc.

Les pourfendeurs, dont M. Nubukpo, qui militent depuis quelques années pour son abolition, dénoncent énergiquement la « servitude volontaire » de leurs dirigeants politiques et économiques qui s’obstinent à utiliser une monnaie coloniale.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

Quand une enquête qui se voulait révélatrice de la gouvernance de l’OIF perd de sa crédibilité!

Tout d’abord, il convient de le dire d’emblée clairement que personne n’est contre l’enquête qui a été menée par le Bureau d’enquête du Journal de Montréal à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Dans une société démocratique, le journalisme d’investigation est utile, voire même nécessaire, en ce sens qu’il veille au bon fonctionnement et à la transparence dans la gestion de nos institutions publiques. C’est d’ailleurs l’un des moyens les plus efficaces que les professionnels des médias utilisent, en toute indépendance et objectivité, pour démasquer et révéler notamment, des faits de corruption et autres méfaits, de détournement de fonds/biens publics à des fins personnelles ou d’abus de pouvoir.

Au fond, ce qui est troublant et incompréhensible au sujet de cette enquête, ce n’est pas tant l’indignation ou le désenchantement exprimés, dans les médias et autres réseaux sociaux, par d’honnêtes citoyens qui travaillent dur pour nouer les deux bouts du mois, et entendent que des sommes colossales auraient été dépensées pour la rénovation d’un édifice, c’est plutôt la manière dont les résultats de cette enquête ont été présentés astucieusement et utilisés par une certaine presse pour susciter un tollé général auprès de l’opinion publique francophone, et particulièrement québécoise et canadienne.

Une enquête qui aurait pu servir de base et contribuer à une réflexion profonde sur le fonctionnement général de nos institutions, tant à l’échelle locale, nationale qu’internationale, et ouvrir la voie à d’éventuelles réformes possibles qui s’imposent pour une utilisation à bon escient des deniers publics, a malheureusement servi de sources pour des attaques personnelles, au point d’annihiler tout le crédit qu’on pouvait encore lui accorder.

En effet, au lieu de nous parler beaucoup plus sur ce à quoi l’enquête a porté essentiellement, à savoir, la gestion de l’OIF ou même du bilan de Michaëlle Jean à 18 mois de la fin de son mandat, nous avons été servis, comme lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, par des attaques en règle contre sa personne.

Il faut que ça soit clair et net, nous ne sommes pas en train de nous porter à la défense d’une gouvernance à laquelle nous ne sommes aucunement comptables, ni de près ni de loin, ce que nous déplorons vivement, c’est cet acharnement contre la personne de Michaëlle Jean. Cette manière subtile de balancer, de façon brute, des gros chiffres qui auraient été dépensés, pour susciter l’indignation du public, et par ricochet, fournir des munitions aux détracteurs qui s’en sont d’ailleurs servis à cœur joie pour mener des attaques en règle contre la pauvre dame.

Cette manière subtile de balancer, de façon brute, des gros chiffres qui auraient été dépensés, pour susciter l’indignation du public, et par ricochet, fournir des munitions aux détracteurs qui s’en sont d’ailleurs servis à cœur joie pour mener des attaques en règle contre la pauvre dame.

Sachant pertinemment bien que le mandat de Michaëlle Jean achève à la fin de l’année prochaine, derrière ces révélations et tout cet acharnement médiatique sans pareils, l’on peut y voir toute sorte de scénarios, y compris les intentions inavouées de saper sa crédibilité et ainsi nuire toutes ses chances de pouvoir rempiler pour un second mandat. Une stratégie qui, si elle s’avérait exacte, risquerait fort bien d’avoir un effet inverse de celui escompté par ses détracteurs.

Tout compte fait, Michaëlle Jean ne devrait pas perdre de vue que, si en 2014 c’était son discours et la perception positive qu’on avait d’elle qui ont prévalu, en 2018 ce serait le bilan de réalisations tangibles et concrètes qu’il faudrait présenter pour convaincre l’opinion publique francophone.

Lire aussi : Michaëlle Jean : une controverse qui ne sert pas les intérêts du Canada, ni ceux du Québec à l’OIF

Michaëlle jean se dit victime d’un acharnement médiatique

Un sujet a dominé l’actualité de cette semaine au Québec et au Canada francophone, dans les journaux, à la radio et télévision francophones, au point d’éclipser d’autres nouvelles importantes. Il s’agit de la publication des résultats d’une enquête menée par une équipe du Journal de Montréal qui nous a révélé que des montants faramineux auraient été dépensés pour la rénovation de la résidence officielle de la secrétaire générale de la Francophonie à Paris et pour les déplacements officiels du personnel de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

En parcourant tous les commentaires exprimés au sujet de cette fameuse enquête, le tollé général et le brouhaha que cette nouvelle a suscités dans l’opinion publique, cela nous amène à nous interroger sérieusement sur les véritables motivations et intentions, réelles ou supposées, des enquêteurs qui ont publié de tels chiffres, de manière brute, sans jamais prendre la peine de les contextualiser objectivement.

En effet, il nous est difficile de porter un jugement de valeur sur les résultats d’une enquête dont on ne connait pas exactement le but recherché par les auteurs, ni même la méthodologie qui a sous-tendue leurs investigations. Toutefois, il va sans dire que les intentions derrière cette publication étaient de clouer publiquement Michaëlle Jean au pilori de l’infamie.

Michaëlle Jean a été élue secrétaire générale de la Francophonie en novembre 2014, pour un mandat de quatre ans qui finit normalement à la fin de l’année prochaine. L’édifice qui a été rénové par l’OIF, pour son secrétaire générale, appartient au gouvernement du Canada, qui est par ailleurs un membre éminent de cette organisation et apporte une contribution substantielle au budget annuel pour son bon fonctionnement. S’il y a des biens qui ont été achetés avec l’argent de l’OIF, ils appartiennent à l’organisation, non à Michaëlle Jean.

S’il y a des biens qui ont été achetés avec l’argent de l’OIF, ils appartiennent à l’organisation, non à Michaëlle Jean.

En somme, c’est beaucoup de bruit pour rien. L’enquête aurait été plus percutante et embarrassante si elle avait révélé que Michaëlle Jean aurait gonflé les montants de la rénovation d’un édifice du gouvernement du Canada, qui fait office de résidence officielle du secrétaire générale de la Francophonie, pour s’en mettre plein les poches.

Concernant les sommes qui auraient été dépensées pour les voyages officiels, nous ne sommes pas sans savoir que l’OIF est une organisation intergouvernementale qui compte 84 États et gouvernements membres ou observateurs à travers les cinq continents. L’une des missions importantes lui confiées par les gouvernements et États membres est notamment d’accompagner les États dans leurs processus de transition démocratique, de contribuer au renforcement de l’État de droit, au respect des droits de la personne, des libertés d’expression et de la presse dans l’espace francophone.

Nul besoin de rappeler ici que le bilan en matière du respect des principes essentiels de la gouvernance démocratique, dans la grande majorité des États membres de la Francophonie, est très peu reluisant. Et que, cela constitue un défi de taille pour l’OIF qu’il ne sera pas possible de relever qu’en travaillant à la fois avec les États concernés et de concert avec ses partenaires internationaux pour trouver des solutions durables.

La stratégie adoptée par l’OIF pour la promotion de la démocratie dans l’espace francophone consiste, entre autres, à offrir le soutien technique au processus électoral et l’observation des élections dans un certain nombre de pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe centrale et des Caraïbes. Pour cela, elle fait appel aussi bien aux ressources internes et externes de l’organisation pour accompagner les États qui sollicitent son assistance.

Ce n’est donc pas en étant cloîtrés dans leurs bureaux au 19-21 avenue Bosquet à Paris, ni même perchés au sommet de la tour Eiffel que les fonctionnaires et autres experts externes peuvent aider à surveiller les élections dans un État membre. C’est un travail qui nécessite qu’ils descendent régulièrement sur le terrain pour comprendre les réalités, souvent spécifiques à chaque pays, afin de mieux les accompagner.

Toute cette controverse entourant la rénovation de la résidence officielle de la secrétaire générale de la Francophonie, qui ressemble à  un acharnement médiatique, ne sert pas du tout les intérêts du Canada, ni ceux du Québec, qui jouent par ailleurs un rôle prépondérant au sein de cette organisation intergouvernementale.

Lire : Dépenses de l’OIF: Ottawa et Québec ne critiquent pas Michaëlle Jean

Les conséquences possibles de la réduction des effectifs à la Monusco

 

Le vendredi 31 mars 2017, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la Résolution 2348 (2017) prorogeant le mandat de la mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) – une plus grande mission de stabilisation dans le monde -, tout en réduisant légèrement les effectifs.

Ainsi, aux termes de cette Résolution, les effectifs maximums autorisés passent théoriquement de 19 815, le nombre de militaires et de policiers, à 16 215, soit une réduction de 3 600 personnes. Mais pratiquement sur le terrain, les troupes déployées resteront quasiment identiques, soit environ 16 000 Casques bleus réellement déployés. Ce qui laisse subsister une marge de manœuvre qui permettrait le déploiement éventuel des troupes canadiennes, si le gouvernement en décide ainsi.

En effet, le gouvernement libéral avait promis d’augmenter le rôle du Canada dans le monde, tout en exprimant son intention de déployer jusqu’à 600 militaires et 150 policiers canadiens au sein des missions de maintien de la paix des Nations unies, notamment en Afrique, avec un budget de 450 millions dollars sur trois ans. Mais jusqu’à ce jour, le choix de la mission où nos troupes seront déployées se fait toujours attendre.
Un choix cornélien pour une mission

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan a fait une tournée africaine en août dernier pour justement explorer les possibilités d’engager des troupes canadiennes dans une des missions des Nations unies actuellement déployées dans le continent. Il reste que le choix pour une mission où le Canada devra déployer ses troupes, loin d’être fortuit, sera guidé par un certain nombre de considérations politiques, économiques et sécuritaires, et ce, en tenant compte, bien évidemment, de la sécurité nationale et de nos intérêts géostratégiques dans ce continent. En pole position des intentions canadiennes, par ordre de préférence, figuraient notamment le Mali, la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine (RCA) et le Soudan du Sud.

Dans tous les cas, il serait invraisemblable que le Canada engage des troupes dans une opération militaire qui risquerait de mettre en danger leur sécurité, ainsi que celle des citoyens canadiens. Or, de ces quatre missions des Nations unies en Afrique, il y a lieu de noter toutefois que celle du Mali est sans doute la plus dangereuse, en ce qui concerne la sécurité des Casques bleus. Depuis le début de cette mission en 2013, plus d’une centaine de Casques bleus ont déjà péri dans des affrontements armés avec les groupes rebelles ayant des ramifications transfrontalières avec les terroristes dans cette région du Sahel difficilement contrôlable.

De plus, en déployant un nombre aussi important des troupes dans une mission, tactiquement, le Canada voudrait bien prendre le commandement de la mission. Or, en mars dernier, l’ONU avait déjà nommé un Général belge, en tant que commandant militaire des opérations au Mali.

Est-il encore possible à la Monusco?

Jusqu’avant la Résolution du Conseil de sécurité, la RDC était dans une meilleure position à bien des égards, étant donné que le Canada est déjà intervenu dans ce pays en 1960, alors que le Congo sombrait dans le chaos au lendemain de son accession à l’indépendance. Le Canada avait, fort de son expérience dans les opérations de maintien de la paix, joué un rôle déterminant au sein de la mission des Nations Unies au Congo (ONUC) de l’époque pour rétablir la paix et la stabilité de ce pays. Et depuis, le Canada a toujours été à l’écoute et sensible aux problèmes congolais.

Bien que la Résolution 2348 (2017) a réduit les effectifs de la Monusco, elle lui confie en même temps un autre mandat prioritaire d’appuyer la mise en œuvre de l’accord de 31 décembre 2016, communément appelé Accord de la Saint-Sylvestre. Ce qui voudrait dire qu’il est encore possible pour le Canada de jouer un rôle déterminant au Congo pour aider ce pays à se sortir d’une impasse politico-sécuritaire qui dure depuis trop longtemps.

En effet, même si le Canada n’a pas encore formellement déposé son plan de déploiement de Casques bleus pour une quelconque mission de paix des Nations unies, la semaine dernière, le premier ministre canadien Justin Trudeau a apaisé les craintes de tous ceux pensaient que les priorités canadiennes auraient changées avec l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine. Il a appelé à la patience, en soulignant que « nous demeurons engagés, mais nous allons prendre notre temps pour s’assurer qu’on fait la bonne chose […] C’est pour ça qu’on est en train de réfléchir de façon très responsable et attentive à comment nous pouvons aider le mieux possible. »

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan a renchéri pour sa part que « la décision d’envoyer des troupes n’importe où dans le monde est une décision très importante pour tout gouvernement. Nous étudions toutes les missions et leur complexité. »

Comme quoi le déploiement de troupes canadiennes en Afrique se trouve encore sur la table à dessin du premier ministre canadien et de son ministre de la Défense.

Texte publié à l’origine sur le site Dakaractu

Crise politique en RDC: pas d’Accord politique ni de Constitution

La situation actuelle de crise de légitimité démocratique grave dont souffre la République démocratique du Congo (RDC), crise liée au manque d’organisation des élections présidentielles et législatives, risque fort de prendre des proportions violentes et incontrôlables si une solution n’est pas rapidement trouvée et mise en place.

En effet, il convient de noter que toutes les institutions du pays sont fin mandat. Une situation inédite qui mérite d’être soulignée en ce 21ème Siècle et qui suscite beaucoup d’interrogations mêlées d’inquiétudes très sérieuses sur les risques possibles et réels de dérive autoritaire et de l’arbitraire.

Les mandats de tous les élus du peuple : le président de la République, les députés nationaux et provinciaux, les sénateurs, les gouverneurs de provinces, sont arrivés à expiration. C’est une violation grave de la Constitution du pays, rendant ainsi incapables ceux-ci de remplir honorablement et légitimement leurs fonctions le mieux possible.

Pour pallier à cette situation de crise politique qui persiste dans ce pays et qui compromet tout progrès socio-économique, les forces politiques et sociales, avec le soutien de la communauté internationale, avaient appelé au dialogue national pour parvenir à un accord politique global afin de résoudre les problèmes liés à l’organisation des élections libres et transparentes. Mais le pouvoir et l’opposition politique sont restés campés sur leurs positions, et divisés sur un certain nombre de questions fondamentales et de principes, des uns et des autres.

Le pouvoir avait tout de même organisé, à la va-vite, un dialogue avec une partie de l’opposition politique et formé un gouvernement avant la fin du mandat du président Kabila. Mais celui-ci semble paralysé, complètement inerte et incapable de mener une quelconque action d’envergure pour soulager un tant soit peu la misère de la population.

Après l’échec patent de la médiation de l’Union africaine, conduite par l’ancien premier ministre togolais Edem Kodjo, les forces politiques et sociales congolaises ont accepté à l’unanimité de retourner à la table de négociation avec l’aide de l’Église catholique locale pour essayer de colmater les brèches et de trouver des solutions à la crise politique et constitutionnelle que connaît le pays, dont il est impossible de prédire l’issue.

Les prélats ont cru bon d’œuvrer avec la ferme volonté d’engager un dialogue constructif, dans un esprit de compréhension mutuelle et de conciliation pour parvenir à un compromis politique. Mais, c’était sans compter avec les sombres manœuvres des acteurs politiques congolais qui se traduisent par la mauvaise volonté, l’insouciance et le manque de compassion dont ils font souvent preuve face à la misère de leur peuple.

Les négociations menées par les prélats, qui ont évité de justesse un chaos total qui aurait pu se produire à la suite de la fin du mandat présidentiel de Joseph Kabila, le 19 décembre 2016, avaient tout de même abouti à un accord le 31 décembre 2016, appelé communément accord de la Saint-Sylvestre.

À la suite de cet accord politique, le pouvoir et l’opposition avaient convenu de former un gouvernement de transition dans le but d’organiser et d’assurer la transparence du processus électoral prévu avant la fin de cette année. Toutefois, la mise en œuvre des dispositions de cet accord pourtant convenues, pose un véritable problème, particulièrement en ce qui concerne le choix et la désignation du premier ministre, chef du gouvernement issu de l’opposition.

En effet, le problème de la classe politique congolaise tient beaucoup à l’absence de culture politique démocratique et au non-respect des dispositions des textes, en général, et particulièrement de lois du pays, par ceux-là mêmes qui sont supposés veiller strictement à leur application.

L’Accord avait prévu que des élections présidentielles et législatives soient organisées au plus tard en décembre 2017. Mais à cette allure, il est techniquement impossible d’imaginer un seul instant que les élections auront bien lieu comme convenu. La question que l’on se pose précocement, qu’est-ce qui va se passer après décembre 2017, si les élections ne sont pas organisées ?

Échec de la médiation catholique

Sous la houlette de l’Église catholique locale, les négociations en vue de l’application de l’accord du 31 décembre ont accouché d’une souris. Les médiateurs ont constaté malheureusement l’absence d’une volonté politique dans le chef de deux parties de rechercher une solution pacifique à la crise politique et constitutionnelle que connaît leur pays. Dans un climat de manque de confiance et de compréhension mutuelle, ils ne peuvent plus conduire indéfiniment leur mission de bons offices.

C’est ici l’occasion d’appeler au sursaut patriotique du président Joseph Kabila de sortir de son mutisme habituel, de briser son silence et de sauver cet accord de la Saint-Sylvestre, qui lui a permis de rester au pouvoir au-delà de la fin de son mandat constitutionnel, le 19 décembre 2016. Il doit très clairement parler à sa famille politique pour trouver des voies et moyens d’aplanir les divergences et assurer l’application de l’accord tel que convenu, pour le bien de son peuple.

À défaut et devant l’impasse persistante, la communauté internationale doit prendre ses responsabilités en utilisant tous les moyens coercitifs possibles pour contraindre le régime de Kinshasa de la mise en œuvre effective de cet accord qui, implicitement, fait l’objet d’instrument de compromis politique en vigueur pendant cette période transitoire où la Constitution a été complètement violé et paralysé.

Il est profondément triste de voir un pays aussi riche, qui recèle de vastes ressources naturelles et de nombreux talents, avec un niveau scandaleux de pauvreté, alors que les dirigeants sont complètement insouciants et ne manifestent aucunement la volonté d’assurer le bien-être social et un avenir sécurisé à leur population. Il faut avouer que la RDC est depuis une vingtaine d’années un État défaillant et ingouvernable.

Célébrons la Francophonie et réaffirmons les valeurs partagées

Il y a quarante-sept ans, jour pour jour, que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), autrefois appelée Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), avait été portée sur les fonts baptismaux. Aujourd’hui, le 20 mars 2017, les 274 millions de locuteurs francophones dans toute leur diversité et les amoureux de la langue de Molière répartis aux quatre coins de la planète, célèbrent la Journée internationale de la Francophonie.

Une Francophonie internationale et institutionnelle qui, comme en témoigne le nombre d’adhésions à chaque Sommet, ne cesse de s’élargir, de se consolider et d’étendre ses tentacules même au-delà de liens linguistiques et historiques qui, autrefois, unissaient les pères fondateurs et constituaient le fondement même de l’Organisation.

Aujourd’hui la Francophonie, au travers de la langue que nous avons en partage, est devenue une grande famille élargie et composée à la fois d’hommes et de femmes dont le français est leur langue maternelle, de ceux et celles qui l’ont reçue en héritage colonial, et de tous les autres qui l’ont choisie ou choisissent allègrement de l’apprendre.

C’est donc une Francophonie vivante qui non seulement affirme sa diversité, mais utilise la langue française pour promouvoir la diversité culturelle non pas comme un obstacle, plutôt comme un pilier essentiel et une valeur ajoutée au développement socio-économique de nos sociétés.

Par les temps qui courent, il me semble nécessaire de souligner aussi à l’intérieur de nos États que la diversité culturelle est une richesse. Je pense profondément que cela mérite d’être mentionné très clairement surtout en ce moment où la montée du populisme et la démagogie xénophobe ont le vent dans les voiles dans certaines de nos vieilles démocraties occidentales, notamment en ce qui concerne les questions relatives aux politiques d’immigration, d’intégration et de droit d’asile.

En effet, certains acteurs politiques, en mal de positionnement, n’osent pas dire tout haut à quel point la diversité culturelle est une richesse indispensable dans nos sociétés de plus en plus mondialisées, ni même défendre publiquement les droits de minorités vulnérables, par crainte de perdre des voix de leurs électeurs qui sont parfois hostiles aux étrangers.

Mais la Francophonie, c’est aussi un espace fondé sur de valeurs partagées que sont la primauté de l’état de droit et le respect des libertés fondamentales, la démocratie et le respect des droits de la personne, qui sont enchâssées dans la Charte de la Francophonie comme support juridique et socle de l’édifice francophone. Et, sur ces points, on s’attend à ce que la Francophonie soit ferme dans son action.

En effet, ce qui est jugé inacceptable et intolérable au Canada, en France, en Belgique, en Suisse ou au Luxembourg, doit l’être également dans les autres pays, tel qu’au Burundi ou en République démocratique du Congo. On ne doit pas se complaire dans un rôle d’observateur inactif alors que pendant ce temps, de centaines de milliers de vies humaines périssent sans défense.

Ne soyons pas gênés de reconnaître que, comparativement à d’autres espaces linguistiques, l’espace francophone est celui où la démocratie balbutie encore. C’est aussi l’un des espaces les plus troublées du monde, notamment le continent africain, avec de nombreux cas de violations sérieuses et systématiques des droits humains, des restrictions et l’usage de la violence excessive par les forces de l’ordre pour réprimer les manifestations pacifiques, etc. Il y a absence d’une véritable démocratie représentative dans de nombreux pays membres de l’OIF.

On attend de l’OIF qu’elle soit vigilante et accompagne sans complaisance les États membres à consolider les principes démocratiques, la primauté de l’état de droit et le respect des droits de la personne.

Si nous voulons réellement construire ensemble un futur commun basé sur le respect de valeurs partagées, l’OIF doit savoir apporter des réponses durables et appropriées aux nombreuses situations d’instabilité politiques récurrentes et de guerres qui secouent de nombreux pays de l’espace francophone. Autrement, on ne saurait prétendre que la Francophonie devienne une force politique et économique capable de peser dans la balance des relations internationales et de faire entendre sa voix sur la scène mondiale.

Un Fonds bleu pour protéger la forêt du Bassin du Congo

Très souvent lorsqu’ils se réunissent aux sommets internationaux sur l’environnement et le changement climatique, les dirigeants politiques nous ont habitué avec de beaux discours qui sonnent creux, de grandes déclarations de bonnes intentions auxquelles eux-mêmes n’y croient pas et de promesses mirobolantes qui n’engagent que ceux qui y croient.

L’initiative annoncée lors de la COP22 à Marrakech, en novembre dernier, par le président congolais Denis Sassou-Nguesso, de créer un Fonds bleu pour le Bassin du Congo, de l’ordre de 100 millions d’euros qui sera alimenté chaque année, n’est pas restée qu’une simple déclaration de bonnes intentions. Elle vient d’être lancée officiellement ce jeudi 09 mars 2017, à Oyo au nord de la République du Congo.

Pilotée par la Fondation Brazzaville – un organisme caritatif et indépendant, à but non lucratif basée aux Royaume-Uni -, cette initiative d’un Fonds bleu vise à subventionner à la fois des actions qui protègent les écosystèmes forestiers et celles qui stimulent l’économie de façon significative, en créant des possibilités d’emploi et en contribuant à lutter contre la pauvreté. Ultimement, c’est une initiative qui s’intègre parfaitement aux efforts déployés par la Communauté internationale, dans le cadre des objectifs de développement durable à l’horizon 2030.

Encore faut-il que cette initiative tienne pour longtemps. Toutefois, il est encore prématuré d’affirmer s’il s’agit d’un feu de paille ou d’une véritable volonté de la part des initiateurs, à la fois de résoudre les problèmes environnementaux et de stimuler l’économie en faveur du bien-être socio-économique de populations locales.

Mais c’est l’occasion pour nous de rappeler encore une fois de plus l’utilité et les nombreux bienfaits que la forêt en général et spécifiquement celle du Bassin du Congo – deuxième poumon écologique de la planète après l’Amazonie -, rend à l’humanité toute entière. Cette forêt humide d’Afrique centrale joue un rôle important, par sa biodiversité exceptionnelle et ses écosystèmes, et contribue à la régulation du climat avec la séquestration du carbone. Elle libère de l’oxygène indispensable à la vie de toute l’humanité, ce qui contribue à la diminution des émissions mondiales de gaz à effet de serre et au ralentissement du réchauffement de la planète.

De ce fait, nous bénéficions tous d’une manière ou d’une autre de services rendus par ce patrimoine naturel du Bassin du Congo et de sa diversité biologique. Par conséquent, nous devrions tous contribuer à sa préservation, pour le bien de générations actuelles et futures.

C’est pourquoi nous lançons ici un appel pressant aux gens de bonne volonté; à tous ceux qui ont à cœur le bien-être de notre planète Terre ; aux organismes nationaux, régionaux et internationaux qui s’occupent de la protection de l’environnement ; et aux pays nantis, d’apporter un appui financier, technique et organisationnel indispensable pour soutenir les efforts de pays de la sous-région d’Afrique centrale de protéger et préserver les forêts du Bassin du Congo, qui contribuent de façon significative à notre qualité de vie, préservent celle des générations futures et contribuent à la lutte contre le réchauffement climatique.

En effet, on ne le dira jamais assez que les populations d’Afrique centrale qui se privent des bénéfices financiers susceptibles d’être générés par l’exploitation forestière à grande échelle, ne reçoivent pas nécessairement une rétribution juste et équitable de la communauté internationale, du sacrifice qu’elles consentent pour le bien de l’humanité.

L’Afrique centrale est une des sous-régions les plus riches d’Afrique, qui regorge d’importantes ressources naturelles, pétrolières, de gigantesques ressources en eau potable et un potentiel important d’Hydro-électricité susceptibles d’impulser le développement du continent. Mais pour des raisons évidentes que je n’ai pas l’intention de développer ni d’analyser plus en détail, elle demeure malheureusement la sous-région qui éprouve beaucoup de difficulté d’attractivité et d’absorption d’appuis techniques et financiers extérieurs, comparativement aux autres sous-régions du continent.

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