Les évêques catholiques congolais sollicitent l’aide du Canada en vue des élections

 

Une délégation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), conduite par son président, Monseigneur Marcel Utembi, archevêque de Kisangani et son vice-président, Monseigneur Fridolin Ambongo, Archevêque coadjuteur de Kinshasa et prochain successeur du cardinal Laurent Monsengwo, séjourne en ce moment au Canada pour solliciter de l’aide en vue des élections de décembre 2018.

La mission des évêques catholiques du Congo au Canada se rendra à Ottawa, Montréal et Toronto, essentiellement pour faire le plaidoyer auprès des autorités gouvernementales et religieuses, des milieux économiques et de la société civile canadienne engagée en faveur des droits de la personne, de la démocratie et de la justice sociale. Le but est de solliciter un appui diplomatique, technique et financier, une expertise canadienne, afin de garantir la réussite du processus électoral dans leur pays.

Le choix du Canada pour cette mission d’explication de la crise politique en République démocratique du Congo (RDC) et pour la sensibilisation du public canadien n’est pas fortuit. Le Canada est l’un des acteurs majeurs qui contribue aux efforts conjoints menés au niveau international pour aider et accompagner ce pays dans son processus démocratique.

Le peuple congolais réclame le respect des textes qui régissent la politique de leur pays. Conformément à la Constitution de la RDC (qui ne permet pas au président sortant, Joseph Kabila, de se représenter pour un troisième mandat) et à l’Accord de la Saint Sylvestre (signé le 31 décembre 2016 par le pouvoir en place et par l’opposition, et qui prévoyait à l’époque, alors que le mandat du président Kabila touchait à sa fin, d’organiser, entre autres, une présidentielle avant fin 2017, ce qui n’a pas été le cas), le peuple congolais, dans son ensemble, est déterminé à aller aux élections en décembre 2018 pour pouvoir enfin élire un successeur à Kabila, malgré certains défis d’ordre financier et technique qui restent à relever.

Les Canadiens d’origine congolaise croient profondément que leur pays, le Canada, en tant que pays fondé sur des valeurs fortes de droits et libertés pour tous, dont les principaux comprennent la primauté de l’État de droit, le respect du processus démocratique, des droits de la personne et des libertés fondamentales, peut jouer un rôle diplomatique crucial pour aider à faciliter une première alternance démocratique du pouvoir sans heurt dans ce pays.

Le Canada pourrait à la fois, aider à pousser le régime de Kinshasa à organiser des élections crédibles et transparentes, mais également apporter un appui technique et financier substantiel à ce pays pour l’aider dans son cheminement vers la tenue d’élections réellement libres, justes et inclusives, afin d’assurer une transition pacifique du pouvoir et parvenir ainsi à la stabilisation de ce pays qui a beaucoup souffert des affres de la guerre.

Genèse de la crise politique congolaise

La RDC connaît actuellement une crise politique et constitutionnelle extrêmement grave. Du président de la République aux Gouverneurs de provinces, en passant par les Sénateurs, les Députés nationaux et provinciaux… quels représentants et dirigeants élus des institutions politiques du pays sont toujours dans leur mandat ? Si la plupart d’entre eux exercent leur pouvoir hors mandat, n’y a-t-il pas là une grave crise de légitimité démocratique aujourd’hui en RDC ? Des élections s’imposent.

La situation actuelle d’instabilité politique généralisée dont souffre la RDC est principalement due au manque d’organisation des élections présidentielles et législatives pourtant prévues en décembre 2016 (comme dit dans l’accord de la Saint Sylvestre).

Cette situation inédite mène dangereusement à l’arbitraire, à la dérive autoritaire du régime et se traduit par la mauvaise gouvernance qui aggrave davantage la crise socio-économique et la détérioration continue des conditions de vie de la population.

Devant l’évidence que les élections ne pouvaient être tenues à la date prévue par la Constitution, les forces politiques et sociales congolaises, toutes tendances confondues, avaient accepté, à l’unanimité, de se retrouver autour d’une table de négociations avec l’aide de l’Église catholique locale en vue de rechercher une solution idoine pour sortir de cette crise de légitimité.

Les négociations politiques entamées, avec la médiation des clergés catholiques, ont permis de faire baisser la tension politique qui régnait à ce moment-là au Congo et d’éviter le chaos total qui aurait pu se produire à la fin du deuxième et dernier mandat du Président Joseph Kabila, le 19 décembre 2016.

À l’issue de ces négociations, la classe politique et la société civile sont parvenues à un compromis politique de sortie de crise. Ils ont signé un accord politique, ce fameux accord appelé communément « Accord de la Saint-Sylvestre », signé le 31 décembre 2016. Dans cet accord, il avait été décidé que le pouvoir et l’opposition conviennent de former un gouvernement de transition afin d’organiser des élections présidentielles et législatives au plus tard en décembre 2017 (et d’assurer la transparence du processus électoral). Mais le non respect et la non application de cet accord politique a permis à Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de la fin de son mandat constitutionnel et d’être toujours au pouvoir aujourd’hui, pour combien de temps encore ?

Car il faut malheureusement compter avec les sombres manœuvres des acteurs politiques congolais qui se traduisent par le manque de confiance mutuelle, de volonté politique, et surtout l’insouciance manifeste et le manque de compassion pour leurs concitoyens qui croupissent dans la pauvreté et la misère, dans un pays qui recèle de vastes ressources naturelles si convoitées par le monde entier.

C’est dans ce contexte difficile et grave que s’inscrit la démarche actuelle des Évêques congolais au Canada pour sensibiliser tous les hommes de bonne volonté, non seulement les responsables politiques, et économiques, mais aussi ceux qui travaillent dans les milieux sociaux et culturels. Tenter de sensibiliser de de mobiliser tous canadiens sur la situation actuelle que traverse la République Démocratique du Congo.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

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Isidore KWANDJA NGEMBO est analyste des politiques publiques. Il a fait des études supérieures en Éthique publique à l’Université Saint-Paul d’Ottawa ; en Science politique & relations internationales à l'École d'études politiques de l’Université d’Ottawa ; en Management public à l’École nationale d’administration publique (ENAP – Québec) ; en Droit international des droits de l’homme à l’Université catholique de Louvain & l’Université Saint-Louis de Bruxelles ; en Développement international à l’Université catholique de Louvain & l’Université libre de Bruxelles en Belgique. Auditeur en Droit international public, de l’Académie de droit international de La Haye.