Quand une enquête qui se voulait révélatrice de la gouvernance de l’OIF perd de sa crédibilité!

Tout d’abord, il convient de le dire d’emblée clairement que personne n’est contre l’enquête qui a été menée par le Bureau d’enquête du Journal de Montréal à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Dans une société démocratique, le journalisme d’investigation est utile, voire même nécessaire, en ce sens qu’il veille au bon fonctionnement et à la transparence dans la gestion de nos institutions publiques. C’est d’ailleurs l’un des moyens les plus efficaces que les professionnels des médias utilisent, en toute indépendance et objectivité, pour démasquer et révéler notamment, des faits de corruption et autres méfaits, de détournement de fonds/biens publics à des fins personnelles ou d’abus de pouvoir.

Au fond, ce qui est troublant et incompréhensible au sujet de cette enquête, ce n’est pas tant l’indignation ou le désenchantement exprimés, dans les médias et autres réseaux sociaux, par d’honnêtes citoyens qui travaillent dur pour nouer les deux bouts du mois, et entendent que des sommes colossales auraient été dépensées pour la rénovation d’un édifice, c’est plutôt la manière dont les résultats de cette enquête ont été présentés astucieusement et utilisés par une certaine presse pour susciter un tollé général auprès de l’opinion publique francophone, et particulièrement québécoise et canadienne.

Une enquête qui aurait pu servir de base et contribuer à une réflexion profonde sur le fonctionnement général de nos institutions, tant à l’échelle locale, nationale qu’internationale, et ouvrir la voie à d’éventuelles réformes possibles qui s’imposent pour une utilisation à bon escient des deniers publics, a malheureusement servi de sources pour des attaques personnelles, au point d’annihiler tout le crédit qu’on pouvait encore lui accorder.

En effet, au lieu de nous parler beaucoup plus sur ce à quoi l’enquête a porté essentiellement, à savoir, la gestion de l’OIF ou même du bilan de Michaëlle Jean à 18 mois de la fin de son mandat, nous avons été servis, comme lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, par des attaques en règle contre sa personne.

Il faut que ça soit clair et net, nous ne sommes pas en train de nous porter à la défense d’une gouvernance à laquelle nous ne sommes aucunement comptables, ni de près ni de loin, ce que nous déplorons vivement, c’est cet acharnement contre la personne de Michaëlle Jean. Cette manière subtile de balancer, de façon brute, des gros chiffres qui auraient été dépensés, pour susciter l’indignation du public, et par ricochet, fournir des munitions aux détracteurs qui s’en sont d’ailleurs servis à cœur joie pour mener des attaques en règle contre la pauvre dame.

Cette manière subtile de balancer, de façon brute, des gros chiffres qui auraient été dépensés, pour susciter l’indignation du public, et par ricochet, fournir des munitions aux détracteurs qui s’en sont d’ailleurs servis à cœur joie pour mener des attaques en règle contre la pauvre dame.

Sachant pertinemment bien que le mandat de Michaëlle Jean achève à la fin de l’année prochaine, derrière ces révélations et tout cet acharnement médiatique sans pareils, l’on peut y voir toute sorte de scénarios, y compris les intentions inavouées de saper sa crédibilité et ainsi nuire toutes ses chances de pouvoir rempiler pour un second mandat. Une stratégie qui, si elle s’avérait exacte, risquerait fort bien d’avoir un effet inverse de celui escompté par ses détracteurs.

Tout compte fait, Michaëlle Jean ne devrait pas perdre de vue que, si en 2014 c’était son discours et la perception positive qu’on avait d’elle qui ont prévalu, en 2018 ce serait le bilan de réalisations tangibles et concrètes qu’il faudrait présenter pour convaincre l’opinion publique francophone.

Lire aussi : Michaëlle Jean : une controverse qui ne sert pas les intérêts du Canada, ni ceux du Québec à l’OIF

Michaëlle jean se dit victime d’un acharnement médiatique

Un sujet a dominé l’actualité de cette semaine au Québec et au Canada francophone, dans les journaux, à la radio et télévision francophones, au point d’éclipser d’autres nouvelles importantes. Il s’agit de la publication des résultats d’une enquête menée par une équipe du Journal de Montréal qui nous a révélé que des montants faramineux auraient été dépensés pour la rénovation de la résidence officielle de la secrétaire générale de la Francophonie à Paris et pour les déplacements officiels du personnel de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

En parcourant tous les commentaires exprimés au sujet de cette fameuse enquête, le tollé général et le brouhaha que cette nouvelle a suscités dans l’opinion publique, cela nous amène à nous interroger sérieusement sur les véritables motivations et intentions, réelles ou supposées, des enquêteurs qui ont publié de tels chiffres, de manière brute, sans jamais prendre la peine de les contextualiser objectivement.

En effet, il nous est difficile de porter un jugement de valeur sur les résultats d’une enquête dont on ne connait pas exactement le but recherché par les auteurs, ni même la méthodologie qui a sous-tendue leurs investigations. Toutefois, il va sans dire que les intentions derrière cette publication étaient de clouer publiquement Michaëlle Jean au pilori de l’infamie.

Michaëlle Jean a été élue secrétaire générale de la Francophonie en novembre 2014, pour un mandat de quatre ans qui finit normalement à la fin de l’année prochaine. L’édifice qui a été rénové par l’OIF, pour son secrétaire générale, appartient au gouvernement du Canada, qui est par ailleurs un membre éminent de cette organisation et apporte une contribution substantielle au budget annuel pour son bon fonctionnement. S’il y a des biens qui ont été achetés avec l’argent de l’OIF, ils appartiennent à l’organisation, non à Michaëlle Jean.

S’il y a des biens qui ont été achetés avec l’argent de l’OIF, ils appartiennent à l’organisation, non à Michaëlle Jean.

En somme, c’est beaucoup de bruit pour rien. L’enquête aurait été plus percutante et embarrassante si elle avait révélé que Michaëlle Jean aurait gonflé les montants de la rénovation d’un édifice du gouvernement du Canada, qui fait office de résidence officielle du secrétaire générale de la Francophonie, pour s’en mettre plein les poches.

Concernant les sommes qui auraient été dépensées pour les voyages officiels, nous ne sommes pas sans savoir que l’OIF est une organisation intergouvernementale qui compte 84 États et gouvernements membres ou observateurs à travers les cinq continents. L’une des missions importantes lui confiées par les gouvernements et États membres est notamment d’accompagner les États dans leurs processus de transition démocratique, de contribuer au renforcement de l’État de droit, au respect des droits de la personne, des libertés d’expression et de la presse dans l’espace francophone.

Nul besoin de rappeler ici que le bilan en matière du respect des principes essentiels de la gouvernance démocratique, dans la grande majorité des États membres de la Francophonie, est très peu reluisant. Et que, cela constitue un défi de taille pour l’OIF qu’il ne sera pas possible de relever qu’en travaillant à la fois avec les États concernés et de concert avec ses partenaires internationaux pour trouver des solutions durables.

La stratégie adoptée par l’OIF pour la promotion de la démocratie dans l’espace francophone consiste, entre autres, à offrir le soutien technique au processus électoral et l’observation des élections dans un certain nombre de pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe centrale et des Caraïbes. Pour cela, elle fait appel aussi bien aux ressources internes et externes de l’organisation pour accompagner les États qui sollicitent son assistance.

Ce n’est donc pas en étant cloîtrés dans leurs bureaux au 19-21 avenue Bosquet à Paris, ni même perchés au sommet de la tour Eiffel que les fonctionnaires et autres experts externes peuvent aider à surveiller les élections dans un État membre. C’est un travail qui nécessite qu’ils descendent régulièrement sur le terrain pour comprendre les réalités, souvent spécifiques à chaque pays, afin de mieux les accompagner.

Toute cette controverse entourant la rénovation de la résidence officielle de la secrétaire générale de la Francophonie, qui ressemble à  un acharnement médiatique, ne sert pas du tout les intérêts du Canada, ni ceux du Québec, qui jouent par ailleurs un rôle prépondérant au sein de cette organisation intergouvernementale.

Lire : Dépenses de l’OIF: Ottawa et Québec ne critiquent pas Michaëlle Jean