Crise politique en RDC: pas d’Accord politique ni de Constitution

La situation actuelle de crise de légitimité démocratique grave dont souffre la République démocratique du Congo (RDC), crise liée au manque d’organisation des élections présidentielles et législatives, risque fort de prendre des proportions violentes et incontrôlables si une solution n’est pas rapidement trouvée et mise en place.

En effet, il convient de noter que toutes les institutions du pays sont fin mandat. Une situation inédite qui mérite d’être soulignée en ce 21ème Siècle et qui suscite beaucoup d’interrogations mêlées d’inquiétudes très sérieuses sur les risques possibles et réels de dérive autoritaire et de l’arbitraire.

Les mandats de tous les élus du peuple : le président de la République, les députés nationaux et provinciaux, les sénateurs, les gouverneurs de provinces, sont arrivés à expiration. C’est une violation grave de la Constitution du pays, rendant ainsi incapables ceux-ci de remplir honorablement et légitimement leurs fonctions le mieux possible.

Pour pallier à cette situation de crise politique qui persiste dans ce pays et qui compromet tout progrès socio-économique, les forces politiques et sociales, avec le soutien de la communauté internationale, avaient appelé au dialogue national pour parvenir à un accord politique global afin de résoudre les problèmes liés à l’organisation des élections libres et transparentes. Mais le pouvoir et l’opposition politique sont restés campés sur leurs positions, et divisés sur un certain nombre de questions fondamentales et de principes, des uns et des autres.

Le pouvoir avait tout de même organisé, à la va-vite, un dialogue avec une partie de l’opposition politique et formé un gouvernement avant la fin du mandat du président Kabila. Mais celui-ci semble paralysé, complètement inerte et incapable de mener une quelconque action d’envergure pour soulager un tant soit peu la misère de la population.

Après l’échec patent de la médiation de l’Union africaine, conduite par l’ancien premier ministre togolais Edem Kodjo, les forces politiques et sociales congolaises ont accepté à l’unanimité de retourner à la table de négociation avec l’aide de l’Église catholique locale pour essayer de colmater les brèches et de trouver des solutions à la crise politique et constitutionnelle que connaît le pays, dont il est impossible de prédire l’issue.

Les prélats ont cru bon d’œuvrer avec la ferme volonté d’engager un dialogue constructif, dans un esprit de compréhension mutuelle et de conciliation pour parvenir à un compromis politique. Mais, c’était sans compter avec les sombres manœuvres des acteurs politiques congolais qui se traduisent par la mauvaise volonté, l’insouciance et le manque de compassion dont ils font souvent preuve face à la misère de leur peuple.

Les négociations menées par les prélats, qui ont évité de justesse un chaos total qui aurait pu se produire à la suite de la fin du mandat présidentiel de Joseph Kabila, le 19 décembre 2016, avaient tout de même abouti à un accord le 31 décembre 2016, appelé communément accord de la Saint-Sylvestre.

À la suite de cet accord politique, le pouvoir et l’opposition avaient convenu de former un gouvernement de transition dans le but d’organiser et d’assurer la transparence du processus électoral prévu avant la fin de cette année. Toutefois, la mise en œuvre des dispositions de cet accord pourtant convenues, pose un véritable problème, particulièrement en ce qui concerne le choix et la désignation du premier ministre, chef du gouvernement issu de l’opposition.

En effet, le problème de la classe politique congolaise tient beaucoup à l’absence de culture politique démocratique et au non-respect des dispositions des textes, en général, et particulièrement de lois du pays, par ceux-là mêmes qui sont supposés veiller strictement à leur application.

L’Accord avait prévu que des élections présidentielles et législatives soient organisées au plus tard en décembre 2017. Mais à cette allure, il est techniquement impossible d’imaginer un seul instant que les élections auront bien lieu comme convenu. La question que l’on se pose précocement, qu’est-ce qui va se passer après décembre 2017, si les élections ne sont pas organisées ?

Échec de la médiation catholique

Sous la houlette de l’Église catholique locale, les négociations en vue de l’application de l’accord du 31 décembre ont accouché d’une souris. Les médiateurs ont constaté malheureusement l’absence d’une volonté politique dans le chef de deux parties de rechercher une solution pacifique à la crise politique et constitutionnelle que connaît leur pays. Dans un climat de manque de confiance et de compréhension mutuelle, ils ne peuvent plus conduire indéfiniment leur mission de bons offices.

C’est ici l’occasion d’appeler au sursaut patriotique du président Joseph Kabila de sortir de son mutisme habituel, de briser son silence et de sauver cet accord de la Saint-Sylvestre, qui lui a permis de rester au pouvoir au-delà de la fin de son mandat constitutionnel, le 19 décembre 2016. Il doit très clairement parler à sa famille politique pour trouver des voies et moyens d’aplanir les divergences et assurer l’application de l’accord tel que convenu, pour le bien de son peuple.

À défaut et devant l’impasse persistante, la communauté internationale doit prendre ses responsabilités en utilisant tous les moyens coercitifs possibles pour contraindre le régime de Kinshasa de la mise en œuvre effective de cet accord qui, implicitement, fait l’objet d’instrument de compromis politique en vigueur pendant cette période transitoire où la Constitution a été complètement violé et paralysé.

Il est profondément triste de voir un pays aussi riche, qui recèle de vastes ressources naturelles et de nombreux talents, avec un niveau scandaleux de pauvreté, alors que les dirigeants sont complètement insouciants et ne manifestent aucunement la volonté d’assurer le bien-être social et un avenir sécurisé à leur population. Il faut avouer que la RDC est depuis une vingtaine d’années un État défaillant et ingouvernable.

Célébrons la Francophonie et réaffirmons les valeurs partagées

Il y a quarante-sept ans, jour pour jour, que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), autrefois appelée Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), avait été portée sur les fonts baptismaux. Aujourd’hui, le 20 mars 2017, les 274 millions de locuteurs francophones dans toute leur diversité et les amoureux de la langue de Molière répartis aux quatre coins de la planète, célèbrent la Journée internationale de la Francophonie.

Une Francophonie internationale et institutionnelle qui, comme en témoigne le nombre d’adhésions à chaque Sommet, ne cesse de s’élargir, de se consolider et d’étendre ses tentacules même au-delà de liens linguistiques et historiques qui, autrefois, unissaient les pères fondateurs et constituaient le fondement même de l’Organisation.

Aujourd’hui la Francophonie, au travers de la langue que nous avons en partage, est devenue une grande famille élargie et composée à la fois d’hommes et de femmes dont le français est leur langue maternelle, de ceux et celles qui l’ont reçue en héritage colonial, et de tous les autres qui l’ont choisie ou choisissent allègrement de l’apprendre.

C’est donc une Francophonie vivante qui non seulement affirme sa diversité, mais utilise la langue française pour promouvoir la diversité culturelle non pas comme un obstacle, plutôt comme un pilier essentiel et une valeur ajoutée au développement socio-économique de nos sociétés.

Par les temps qui courent, il me semble nécessaire de souligner aussi à l’intérieur de nos États que la diversité culturelle est une richesse. Je pense profondément que cela mérite d’être mentionné très clairement surtout en ce moment où la montée du populisme et la démagogie xénophobe ont le vent dans les voiles dans certaines de nos vieilles démocraties occidentales, notamment en ce qui concerne les questions relatives aux politiques d’immigration, d’intégration et de droit d’asile.

En effet, certains acteurs politiques, en mal de positionnement, n’osent pas dire tout haut à quel point la diversité culturelle est une richesse indispensable dans nos sociétés de plus en plus mondialisées, ni même défendre publiquement les droits de minorités vulnérables, par crainte de perdre des voix de leurs électeurs qui sont parfois hostiles aux étrangers.

Mais la Francophonie, c’est aussi un espace fondé sur de valeurs partagées que sont la primauté de l’état de droit et le respect des libertés fondamentales, la démocratie et le respect des droits de la personne, qui sont enchâssées dans la Charte de la Francophonie comme support juridique et socle de l’édifice francophone. Et, sur ces points, on s’attend à ce que la Francophonie soit ferme dans son action.

En effet, ce qui est jugé inacceptable et intolérable au Canada, en France, en Belgique, en Suisse ou au Luxembourg, doit l’être également dans les autres pays, tel qu’au Burundi ou en République démocratique du Congo. On ne doit pas se complaire dans un rôle d’observateur inactif alors que pendant ce temps, de centaines de milliers de vies humaines périssent sans défense.

Ne soyons pas gênés de reconnaître que, comparativement à d’autres espaces linguistiques, l’espace francophone est celui où la démocratie balbutie encore. C’est aussi l’un des espaces les plus troublées du monde, notamment le continent africain, avec de nombreux cas de violations sérieuses et systématiques des droits humains, des restrictions et l’usage de la violence excessive par les forces de l’ordre pour réprimer les manifestations pacifiques, etc. Il y a absence d’une véritable démocratie représentative dans de nombreux pays membres de l’OIF.

On attend de l’OIF qu’elle soit vigilante et accompagne sans complaisance les États membres à consolider les principes démocratiques, la primauté de l’état de droit et le respect des droits de la personne.

Si nous voulons réellement construire ensemble un futur commun basé sur le respect de valeurs partagées, l’OIF doit savoir apporter des réponses durables et appropriées aux nombreuses situations d’instabilité politiques récurrentes et de guerres qui secouent de nombreux pays de l’espace francophone. Autrement, on ne saurait prétendre que la Francophonie devienne une force politique et économique capable de peser dans la balance des relations internationales et de faire entendre sa voix sur la scène mondiale.

Un Fonds bleu pour protéger la forêt du Bassin du Congo

Très souvent lorsqu’ils se réunissent aux sommets internationaux sur l’environnement et le changement climatique, les dirigeants politiques nous ont habitué avec de beaux discours qui sonnent creux, de grandes déclarations de bonnes intentions auxquelles eux-mêmes n’y croient pas et de promesses mirobolantes qui n’engagent que ceux qui y croient.

L’initiative annoncée lors de la COP22 à Marrakech, en novembre dernier, par le président congolais Denis Sassou-Nguesso, de créer un Fonds bleu pour le Bassin du Congo, de l’ordre de 100 millions d’euros qui sera alimenté chaque année, n’est pas restée qu’une simple déclaration de bonnes intentions. Elle vient d’être lancée officiellement ce jeudi 09 mars 2017, à Oyo au nord de la République du Congo.

Pilotée par la Fondation Brazzaville – un organisme caritatif et indépendant, à but non lucratif basée aux Royaume-Uni -, cette initiative d’un Fonds bleu vise à subventionner à la fois des actions qui protègent les écosystèmes forestiers et celles qui stimulent l’économie de façon significative, en créant des possibilités d’emploi et en contribuant à lutter contre la pauvreté. Ultimement, c’est une initiative qui s’intègre parfaitement aux efforts déployés par la Communauté internationale, dans le cadre des objectifs de développement durable à l’horizon 2030.

Encore faut-il que cette initiative tienne pour longtemps. Toutefois, il est encore prématuré d’affirmer s’il s’agit d’un feu de paille ou d’une véritable volonté de la part des initiateurs, à la fois de résoudre les problèmes environnementaux et de stimuler l’économie en faveur du bien-être socio-économique de populations locales.

Mais c’est l’occasion pour nous de rappeler encore une fois de plus l’utilité et les nombreux bienfaits que la forêt en général et spécifiquement celle du Bassin du Congo – deuxième poumon écologique de la planète après l’Amazonie -, rend à l’humanité toute entière. Cette forêt humide d’Afrique centrale joue un rôle important, par sa biodiversité exceptionnelle et ses écosystèmes, et contribue à la régulation du climat avec la séquestration du carbone. Elle libère de l’oxygène indispensable à la vie de toute l’humanité, ce qui contribue à la diminution des émissions mondiales de gaz à effet de serre et au ralentissement du réchauffement de la planète.

De ce fait, nous bénéficions tous d’une manière ou d’une autre de services rendus par ce patrimoine naturel du Bassin du Congo et de sa diversité biologique. Par conséquent, nous devrions tous contribuer à sa préservation, pour le bien de générations actuelles et futures.

C’est pourquoi nous lançons ici un appel pressant aux gens de bonne volonté; à tous ceux qui ont à cœur le bien-être de notre planète Terre ; aux organismes nationaux, régionaux et internationaux qui s’occupent de la protection de l’environnement ; et aux pays nantis, d’apporter un appui financier, technique et organisationnel indispensable pour soutenir les efforts de pays de la sous-région d’Afrique centrale de protéger et préserver les forêts du Bassin du Congo, qui contribuent de façon significative à notre qualité de vie, préservent celle des générations futures et contribuent à la lutte contre le réchauffement climatique.

En effet, on ne le dira jamais assez que les populations d’Afrique centrale qui se privent des bénéfices financiers susceptibles d’être générés par l’exploitation forestière à grande échelle, ne reçoivent pas nécessairement une rétribution juste et équitable de la communauté internationale, du sacrifice qu’elles consentent pour le bien de l’humanité.

L’Afrique centrale est une des sous-régions les plus riches d’Afrique, qui regorge d’importantes ressources naturelles, pétrolières, de gigantesques ressources en eau potable et un potentiel important d’Hydro-électricité susceptibles d’impulser le développement du continent. Mais pour des raisons évidentes que je n’ai pas l’intention de développer ni d’analyser plus en détail, elle demeure malheureusement la sous-région qui éprouve beaucoup de difficulté d’attractivité et d’absorption d’appuis techniques et financiers extérieurs, comparativement aux autres sous-régions du continent.

LIRE AUSSI :

– Protéger les victimes du changement climatique

– COP22 : Il est temps de traduire les promesses en action concrètes pour l’Afrique

– COP22 à Marrakech : Le Maroc prêt à relever le défi climatique

– Hans Jonas et l’accord de Paris sur le climat

– COP21 : tirer les leçons des échecs précédents

– Changement climatique : l’Afrique attend une juste rétribution

– Le sommet du G7 et la question du réchauffement climatique

– Paris 2015 : un accord sur climat est-il possible ?