Pourquoi le Canada n’enverra pas ses troupes au Congo

Depuis l’accession de la République démocratique du Congo (RDC) à son indépendance du royaume de Belgique en juin 1960, le Canada a toujours été parmi les membres de la communauté internationale qui sont intervenus militairement pour aider à chaque fois que ce pays était au bord de l’implosion. Le Canada est également l’un de ceux qui contribuent financièrement à la Mission de l’organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco), une mission qui dure depuis maintenant dix-sept ans.

En 2010, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, avait sollicité le gouvernement Harper pour déployer des troupes canadiennes et prendre le commandement de la Monusco. Mais le Premier ministre, dont la doctrine de politique étrangère était : « If you’re not effective, he does not see why we should be going out there«  , avait décliné l’offre des Nations unies de déployer des militaires canadiens dans un pays où le gouvernement et son armée sont minés par une gouvernance médiocre et une corruption endémique.

Un déploiement des troupes encore incertain

Depuis l’élection de Justin Trudeau en octobre 2015, la doctrine de politique étrangère a changé. Le Canada veut marquer sa présence dans les opérations de maintien de la paix, notamment en Afrique. En août dernier, le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, accompagné de l’ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux Droits de l’Homme, Louise Arbour et du Général à la retraite et Commandant de la MINUAR lors du génocide rwandais, Roméo Dallaire, avaient fait une tournée africaine qui les avait amenés en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et en RDC pour explorer la possibilité d’engager des troupes canadiennes dans une des missions des Nations unies en Afrique : RDC, Mali, Sud-Soudan ou Centrafrique.

Mais depuis cette mission d’exploration jusqu’à ce jour, le ministre Sajjan n’a pas encore dévoilé où et quand les troupes canadiennes seront déployées. Ce que l’on sait actuellement c’est que le Canada s’engagera pour une période d’au moins trois ans dans des missions de maintien de la paix en Afrique, pour un coût de 450 millions de dollars canadiens.

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Les troupes canadiennes ne seront pas déployées en RDC

À première vue, on aurait pensé que la préférence pour le déploiement des troupes canadiennes irait très probablement à la Monusco, compte tenu des intérêts économiques du Canada dans la région, notamment la présence des compagnies minières canadiennes, mais aussi et surtout, des priorités du Canada dans la lutte contre la violence sexuelle faite aux femmes et aux enfants comme arme de guerre, pour la promotion des droits de la personne, l’édification d’un État démocratique régi par la primauté du droit et fondé sur le respect des libertés fondamentales, etc. Mais selon toute vraisemblance, il est sûr et certain que les troupes canadiennes ne seront pas déployées en RDC.

On avait pourtant espéré que fort de son expérience reconnue comme un acteur ayant joué un rôle important pour le maintien et la consolidation de la paix dans le monde, l’intervention des troupes canadiennes en RDC – un conflit armé le plus sanglant au monde et dont le bilan en vies humaines perdues dépasse de loin ceux actuellement très médiatisés de l’Irak, de l’Afghanistan et de la Syrie réunis – aurait pu avoir un impact significatif dans la consolidation de la paix dans ce pays. Mais, il n’en sera malheureusement pas ainsi, et cela, pour des raisons qui sont sans doute assez évidentes et que nous évoquons ci-dessous.

La RDC se trouve actuellement dans une phase cruciale de son histoire. Le 19 décembre 2016 marque la fin du deuxième et dernier mandat du président Kabila, mais ce dernier rechigne à quitter le pouvoir. Il défie ouvertement la communauté internationale, en ignorant les appels réitérés lancés non seulement par les Américains, mais aussi par les Européens, les demandant de quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat.

Ce régime de Kinshasa se sert de la police et de l’armée nationale pour étouffer toutes les manifestations publiques, et ce, en utilisant aveuglement de manière excessive et disproportionnée la force, au vu et au su de tout le monde, pour réprimer une population sans défense, qui ne lui demande rien d’autre que le respect de la Constitution de son pays. Mais, même s’il réussit à se maintenir au pouvoir par la force, après la fin de son mandat, il n’aura plus aucune légitimité pour engager l’État congolais.

En effet, la situation d’insécurité récurrente qui prévaut en RDC depuis plus d’une vingtaine d’années, est due au fait que les dirigeants de ce pays sont très peu préoccupés par le sort de leurs concitoyens, pour ne pas dire qu’ils sont les premiers responsables de l’absence de sécurité et de stabilité intérieure.

Dans ce contexte, le Canada ne voudra pas apparaître, aux yeux des Africains, comme celui qui vient implicitement à la rescousse d’un dictateur qui veut se cramponner au pouvoir, sans scrupules, au cœur du continent.

En effet, pendant les quinze années au pouvoir et malgré les appels incessants, tant au niveau intérieur qu’international, de reformer les services de l’ordre à même de protéger la population civile, le régime de Kabila n’a rien fait et s’accommodait bien avec la présence des troupes onusiennes à qui l’on demande de se substituer à la police pour protéger la population civile et à l’armée pour protéger l’intégrité territoriale. Alors que la protection des citoyens et de leurs biens contre les menaces intérieures et extérieures est le premier objectif de tout État digne de ce nom. Et, cela est une obligation essentielle qui légitime même l’action du pouvoir public.

Les troupes onusiennes actuellement en RDC, issues essentiellement de pays en développement, font l’effort de maintenir un semblant de paix et de sécurité, mais en réalité n’interviennent dans la plupart des cas, que pour constater les dégâts et autres violations massives de populations civiles, causés aussi bien par les multiples groupes rebelles qui pullulent dans la sous-région d’Afrique centrale, mais aussi par l’armée régulière.

Le Canada n’a pas non plus l’intention d’aller servir de police ou d’armée nationale d’un pays dont les dirigeants ne se préoccupent pas assez de la protection de leurs citoyens et ne font aucun effort pour reformer leurs services de l’ordre (l’armée et la police) afin de les rendre en mesure de protéger leur territoire.

Nous pensons que le choix du déploiement des troupes canadiennes répondra au nouveau programme pour la stabilisation et les opérations de paix (PSOP), une approche mise en place par le gouvernement Trudeau, qui intègre à la fois les questions de politique étrangère, de défense, de développement et de sécurité nationale.

Même si le choix du Canada était porté sur la mission des Nations unies au Congo, si le régime de Kabila se maintient après le 19 décembre, il est certain que celui-ci ne verrait pas d’un bon œil l’arrivée des troupes canadiennes bien rodées à sa porte. Ces troupes seraient perçues à la fois comme les témoins gênants, mais surtout comme une menace qui, au besoin, est capable de l’anéantir. Et comme il est de coutume dans le système des Nations unies d’obtenir l’accord du pays d’accueil, il est fort possible que le régime de Kabila utilise toutes sortes de subterfuges pour retarder le déploiement.

OIF : Michaëlle Jean devra panser les plaies laissées par son élection en Afrique

 

La conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, communément appelée « sommet de la Francophonie », a eu lieu les 26 et 27 novembre derniers à Antananarivo, à Madagascar. Il s’agissait du premier sommet organisé sous l’égide de la nouvelle secrétaire générale l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, élue il y a de cela deux ans exactement.

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Ce sommet était une occasion idéale de mesurer le degré de confiance et d’unité de chefs d’État et de gouvernement autour de la secrétaire générale de l’OIF ainsi que leur adhésion à son projet novateur de la francophone économique.

Si l’organisation et le déroulement du sommet se sont passés sans trop d’encombres, plusieurs médias ont noté néanmoins une très faible participation de chefs d’État et de gouvernement, notamment africains, chez qui l’on compte le plus grand nombre de francophones.

En effet, quand bien même ce sommet a connu une participation totale et remarquée du Canada, avec la présence de trois chefs de gouvernement et l’adhésion de la province de l’Ontario comme quatrième gouvernement membre observateur de l’OIF, il y a lieu de noter que, pour une organisation qui comptait alors 80 États et gouvernements membres, associés et observateurs, moins d’une vingtaine de dirigeants ont jugé important de faire le déplacement à Antananarivo pour assister à la cérémonie d’ouverture du sommet et entendre le discours inaugural de la secrétaire générale. Au nombre desquels, seulement une douzaine d’Africains.

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Parmi les absences les plus remarquées, on a compté non seulement celles de chefs d’État qui étaient moins enthousiastes à l’idée de voir un non-Africain à la direction de l’OIF, mais aussi, et surtout celles de ceux qui furent des fervents soutiens indéfectibles à la candidature de Michaëlle Jean et qui la considéraient comme une descendante d’Afrique.

Ceci dit, l’absence de nombreux chefs d’État africains au premier sommet organisé par la nouvelle secrétaire générale de l’OIF peut être interprétée comme un message clair et sans aucune ambiguïté que soit la connexion n’est toujours pas bien établie avec ceux-ci, soit que les remous suscités par son élection demeurent encore vifs. C’est ici qu’il faut rappeler à Mme Jean qu’elle a encore beaucoup du travail à faire, d’ici au prochain sommet qui sera électif, pour conquérir les cœurs et les esprits de ceux qui rechignent encore à admettre cette évidence.

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Il faut noter par ailleurs que le 16e sommet de l’OIF a été précédé par la publication du livre Francophonie: de Hanoï à Dakar, le pacte brisé au contenu tonitruant de Jean-Claude de l’Estrac, qui fut un adversaire farouche de Michaëlle Jean en 2014. Il serait naïf de croire qu’à quelques jours du premier sommet organisé par cette dernière, la sortie de ce livre soit une coïncidence fortuite de la part d’un homme qui a nourri des ambitions pour cette organisation.

Si Michaëlle Jean a l’intention de rempiler, elle devrait aller à la rencontre non seulement des chefs d’État et de gouvernement qui l’ont soutenu et choisi pour diriger l’OIF, mais aussi auprès de ceux qui ont voté contre sa candidature. Elle doit les écouter et leur «vendre» son projet de la francophonie économique, qui a été le thème principal de sa campagne. En faisant notamment valoir le bien-fondé de cette initiative et les progrès déjà accomplis dans sa mise en œuvre.

Ce n’est que de cette façon qu’il sera possible de recueillir davantage le soutien de nombreux États et gouvernements en faveur de l’action de Mme Jean à l’OIF, et ainsi de cicatriser les plaies, apparemment encore ouvertes laissées par ce scrutin historique qui a vu pour la première fois de l’histoire de la Francophonie une femme, non africaine, être élue à la tête de cette organisation.