RDC : le G7 dans l’opposition ou la stratégie du glissement ?

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Les responsables du groupe des sept partis politiques de la Majorité présidentielle (MP) en République démocratique du Congo (RDC), dénommé « G7 », signataires de la lettre articulée en 23 points et adressée au président Kabila en date du 14 septembre 2015, ont été pour les uns révoqués, pour les autres contraints de renoncer à leurs mandats au sein de différentes directions tant au gouvernement qu’aux deux Chambres du Parlement.

Tout le monde (y compris au sein de l’opposition politique congolaise) a applaudi un acte courageux venant des membres éminents de la MP. Une initiative qui va dans le sens du respect des principes démocratiques et du renforcement de l’état de droit qui doit être garanti par le respect strict de la Constitution.

Le G7 occupe le paysage politique congolais

Dans leurs premières déclarations publiques, les membres du G7 disaient qu’ils ne faisaient plus partie de la MP et ne rejoignaient pas non plus l’opposition politique, mais se battraient pour faire respecter strictement la Constitution du pays. En fait, ils étaient en faveur de la tenue des élections dans les délais constitutionnels afin de parvenir à une alternance démocratique en 2016. Une bataille que l’opposition politique est en train de mener depuis plusieurs mois déjà.

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Mais cette sortie fracassante du G7 dans le paysage politique congolais et surtout leur exclusion au sein de la MP a non seulement éclipsé complètement l’opposition politique traditionnelle, le G7 s’est approprié la bataille du respect de la constitution dont ils sont les géniteurs. De ce fait, le G7 occupe maintenant tout l’espace politico-médiatique. Sur les plateaux de télévision congolaise, ainsi que dans les journaux écrits, ne sont présents que les anciens sociétaires et les fidèles de la MP, aujourd’hui en discordance avec les principes idéologiques qu’ils ont pourtant élaborés ensemble et défendus bec et ongles.

Quel crédit peut-on donner à l’Homme politique congolais face à tout cet imbroglio quand on sait bien que dans ce pays la roue du changement d’allégeances politiques tourne beaucoup plus vite que celle du moulin?

Nombreux diront qu’il ne faut surtout pas croire tout ce que l’on dit. En RDC comme ailleurs, la plupart vont en politique non pas par conviction idéologique, mais plutôt par opportunisme.

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Ce qui laisse surtout perplexe et est incompréhensible pour le commun des mortels est que ces hauts cadres quittent le « bateau MP » à quelques mois de la présidentielle et des législatives, alors qu’ils sont  comptables – les passifs et actifs – d’une décennie de gestion collective des affaires de l’État. Est-ce une fuite en avant, une réelle volonté de changement, un repositionnement politique ou une stratégie insidieuse de la MP. Une stratégie visant à injecter ses membres au sein de l’opposition en prévision du fameux dialogue politique, afin de consommer le glissement tant redouté? Tous ces questionnements ont le mérite d’être soulevés pour en avoir le cœur net sur la sincérité de l’acte posé par le G7.

Il est important de rappeler que ces personnalités du G7 ne sont pas n’importe quels simples quidams de la MP. Il s’agit bien des bonzes du régime Kabila. Les piliers qui ont construit l’édifice du régime et l’ont maintenu contre vents et marées pendant une décennie. Ils n’étaient pas tombés en disgrâce pour que l’on dise que ce sont des revanchards. La plupart d’entre eux occupaient encore des postes importants dans l’architecture gouvernementale.

Et si l’histoire se répétait?

En effet, ceux qui s’intéressent à la situation politique congolaise de vingt-cinq dernières années vont certainement se souvenir des péripéties des années 90. Tout ce qui se passe actuellement dans le paysage politique congolais n’est pas sans rappeler la fameuse « Union sacrée de l’opposition radicale et alliés (Usoral) », un regroupement politique de l’opposition contre le régime du président Mobutu.

Après son fameux discours du 24 avril 1990 dans lequel Mobutu annonçait la fin du MPR parti-État et le début du multipartisme, il y a eu une multitude des partis politiques qui se sont créés et qui se réclamaient de l’opposition. Nombreux d’entre eux avaient rejoint le noyau dur composé de l’UDPS pour former une plateforme dénommée « Usoral » qui, au départ, était derrière Tshisekedi. Mais après un court cheminement ensemble, l’Usoral s’est morcelée pour finalement rejoindre leur famille naturelle de la mouvance présidentielle, d’où provenaient la plupart d’entre eux. La morale de l’histoire, c’est que l’opposition a été émiettée et complètement affaiblie de l’intérieur. Il ne faut donc pas sous-estimer la capacité de l’Homme politique congolais à se métamorphoser pour les besoins de la cause.

Plus de vingt ans après, sommes-nous en train de revivre les mêmes scénarii des années 90? Seul l’avenir nous dira si nous pouvons ou non accorder le bénéfice du doute quant à la sincérité du G7 de barrer la route à un probable troisième mandat de Joseph Kabila. Et surtout de l’empêcher de glisser après novembre 2016.

Ce qui est sûr, c’est que, quelle que soit la manière dont les événements vont se dérouler dans les jours et mois à venir, Karl Marx nous prévient déjà que : « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. »

Qu’on le veuille ou non, le G7, désormais constitué en plateforme politique, devient ipso facto un interlocuteur avec lequel l’opposition devrait compter pour faire pression au régime en place afin de respecter la Constitution et organiser les élections dans le délai prévu. La politique est toujours dynamique et la vigilance devrait être le maître mot.

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ikIsidore Kwandja Ngembo,politologue

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