COP21 : comprendre et tirer les leçons des échecs précédents

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Dans exactement un mois s’ouvrira à Paris la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21/CMP11), du 30 novembre au 11 décembre 2015. Une conférence qui devra aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, avec un objectif de maintenir le réchauffement climatique mondial en deçà de 2 degrés Celsius.

Les optimistes estiment qu’il s’agit là d’une conférence de tous les espoirs pour protéger notre planète Terre et la préserver au profit de tous; alors que les pessimistes pensent qu’elle aboutira aux mêmes résultats que les précédentes.

Sans vouloir entrer dans les détails de l’argumentaire des uns et des autres, je me questionne simplement sur l’issue de cette conférence, à savoir: Est-ce que la COP21 va-t-elle réussir là où les précédentes ont échouée? En quoi est-elle différente des autres? Quelles sont les nouvelles propositions qui seront mises sur la table pour contenter tout le monde?

En réponse à toutes ces questions, j’ai toujours pensé que le principe 7 de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, en 1992, représentait l’un des obstacles majeurs à l’aboutissement d’un accord international contraignant et opposable à tous.

Principe 7 – Responsabilités communes mais différenciées :

Les États doivent coopérer dans un esprit de partenariat mondial en vue de conserver, de protéger et de rétablir la santé et l’intégrité de l’écosystème terrestre. Étant donné la diversité des rôles joués dans la dégradation de l’environnement mondial, les États ont des responsabilités communes mais différenciées. Les pays développés admettent la responsabilité qui leur incombe dans l’effort international en faveur du développement durable, compte tenu des pressions que leurs sociétés exercent sur l’environnement mondial et des techniques et des ressources financières dont ils disposent.

Et que si les États voulaient réellement combattre le réchauffement climatique mondial, ils feraient mieux de réexaminer substantiellement ce principe 7 pour parvenir à un accord réaliste qui établirait un certain équilibre entre protection de l’environnement et prospérité économique.

Pour mieux saisir la portée de ce concept de «traitement différencié», il faut remonter très loin dans le temps pour connaitre l’origine et comprendre les véritables raisons de celui-ci et son intégration en droit international de l’environnement.

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En effet, c’est lors de la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) – organe subsidiaire de l’Assemblée générale des Nations unies créé en 1964 -, que le concept de «traitement différencié» a été évoqué pour la première fois. La revendication majeure des pays nouvellement indépendants du Tiers-Monde était que le système commercial multilatéral mis en place par l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) en 1947 ne répondait pas à leurs problèmes spécifiques.

Les pays du Tiers-Monde exigeaient l’instauration d’un Nouvel ordre économique international qui tienne compte des réalités des pays pauvres, notamment le traitement différencié au regard de leurs obligations conventionnelles, pour parvenir à réduire les inégalités économiques et sociales flagrantes et le fossé de plus en plus béant entre les pays riches et les pays pauvres.

Plus tard, avec la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 – clef de voûte du système commercial multilatéral – pour régler les relations commerciales entre les États, le concept de «traitement spécial et différencié» a été intégré pour tenir compte des besoins particuliers des pays en développement et moins avancés.

Le concept de «traitement différencié» a donc été utilisé pour la première fois en droit international économique, spécifiquement dans les accords multilatéraux sur le commerce. Toutefois, il faut admettre sincèrement que malgré tout, les rapports de force et le pouvoir de négociations à l’OMC restent toujours très inégalitaires entre les États.

Dans le domaine de l’environnement, le principe du «traitement différencié» a été relancé par les pays en développement à la Conférence de Stockholm, en 1972, en se référant aux mêmes revendications évoquées pour les règles du système commercial multilatéral mentionnées ci-dessus. C’est seulement 20 ans plus tard, à la Conférence de Rio de Janeiro en 1992, que le «traitement différencié» a été défini clairement dans la Déclaration. L’idée était de moduler les obligations conventionnelles des États en fonction du niveau et des besoins de leur développement.

Depuis cette Conférence de Stockholm, les États ont jugé nécessaire de lier tous les efforts de protection de l’environnement aux efforts de développement économique, dans tous les traités internationaux en matière d’environnement. Une différenciation nette des obligations entre les groupes de pays – développés et en développement -, est faite afin de remédier aux inégalités socio-économiques. Voilà comment le traitement différencié est devenu l’une des bases de référence du droit international de l’environnement.

Mais bien que le traitement différencié soit adopté et intégré à la fois dans la Convention-cadre sur les Changements Climatiques (CCNUCC) en 1992 et dans le Protocole de Kyoto en 1997, les différentes négociations sur le climat qui se sont poursuivies tout au long de 22 dernières années échoppent, entre autres, sur cette même question épineuse. Les États peinent à trouver un consensus sur l’application durable de cette différenciation de traitement dans un instrument juridiquement contraignant.

Une des raisons qui rend difficile l’adoption d’un accord contraignant, c’est le consensus sur la responsabilité que doivent assumer certains pays notamment (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui, autrefois, étaient catégorisés comme pays en développement, mais aujourd’hui ont connu une forte croissance économique et comptent parmi les grands pollueurs.

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Comment surmonter cette impasse et aboutir à un compromis?

Le réchauffement climatique est le résultat de notre mode de vie, de production et de consommation. Il constitue donc un des grands défis de notre époque auquel nous devons absolument relever. Tous les États devraient relire le Rapport Brundtland de 1987 pour comprendre que le développement durable doit être celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre la possibilité, pour les générations à venir, de répondre à leurs propres besoins.

Pour nos intérêts égoïstes et parfois les choix des politiques publiques que nous adoptons, nous ne nous préoccupons pas de la détérioration de l’environnement et de la Terre, qui est un patrimoine commun à l’humanité toute entière. Nous feignons d’ignorer qu’en laissant brûler la Terre consciemment, la nature finira par devenir néfaste à tous les humains, peu importe leur niveau de développement, et le feu nous consumera tous.

Par contre, si nous voulons véritablement réduire le réchauffement climatique mondial, nous savons exactement ce que nous devons faire. Tous (États, entreprises, individus), nous devons mettre la main à la pâte et nous engager à participer individuellement et collectivement, en tenant bien évidemment compte des particularités de chacun et sa capacité de disposer des moyens appropriés d’atténuation et d’adaptation pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

Ceci dit, nous avons tous le devoir moral et la responsabilité éthique d’assurer la durabilité de l’environnement. Si chacun devait assumer sa responsabilité à la COP21, le résultat sera éclatant, mais si l’on recommençait à se rejeter des responsabilités historiques, le résultat sera mitigé comme lors des précédentes.

Qu’à cela ne tienne, une chose est vraie que si les problèmes environnementaux sont mondiaux, les impacts se font ressentir d’abord au niveau local, notamment par la fonte des glaces, l’élévation du niveau des mers, les inondations, la sécheresse, les vagues de chaleur, la contamination des réserves d’eau douce, les migrations massives, etc.

DSC02865yyyIsidore KWANDJA NGEMBO, Politologue.

Il a œuvré à la direction des affaires internationales sur le changement climatique au ministère de l’Environnement du Canada.

Canada-Afrique : Justin Trudeau va-t-il offrir une perspective nouvelle?

 

ORIGINAL

L’élection de Justin Trudeau est accueillie avec beaucoup d’enthousiasme, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde. Par sa vision politique novatrice, le nouveau premier ministre canadien ouvre des perspectives nouvelles quant à l’orientation future en matière de politique étrangère. Sa vision du monde et son vif intérêt de renouer avec la politique traditionnelle du Canada, suscitent beaucoup d’espoir et d’attente au niveau international.

L’Afrique aussi espère retrouver un interlocuteur qui lui prête une oreille attentive. En effet, depuis les années 1960, le Canada a toujours été sensible aux problèmes des jeunes États africains nouvellement indépendants.

En 1960, alors que la République démocratique du Congo, quelques mois à peine accédait à l’indépendance sombra dans le chaos, le Canada, fort de son expérience dans les opérations de maintien de la paix, n’hésita pas à jouer un rôle déterminant au sein de la mission des Nations Unies au Congo (ONUC) pour rétablir la paix.

Depuis, le Canada bénéficiait de beaucoup de considération en Afrique, comme un pays qui contribuait au maintien de la paix et la sécurité internationale, notamment par son engagement aux opérations de paix des Nations Unies, sa diplomatie préventive efficace qui privilégiait le dialogue, la médiation et le consensus, et sa contribution financière importante aux programmes d’aide au développement en vue de combattre la pauvreté dans les pays en développement.

Mais pendant la décennie écoulée, le Canada a pris un virage à 180 degré en s’éloignant politiquement de l’Afrique. Du coup, la dynamique de la coopération canadienne d’autrefois a considérablement changé en donnant priorité essentiellement à la croissance économique et aux investissements privés. Ottawa n’a manifesté que peu d’intérêt politique à l’égard de l’Afrique.

Maintenant que la donne politique vient de changer à Ottawa, du moins sur le plan idéologique, une opportunité se présente de renouer politiquement avec l’Afrique. Ottawa devrait rétablir des relations cordiales avec les pays africains. Il devrait irrémédiablement revoir la politique qui a limité à 7 le nombre de pays africains bénéficiant du soutien financier et de l’assistance technique du Canada. Inutile de rappeler que cette politique n’avait pas du tout été bien accueillie par l’opinion publique africaine.

Ottawa devrait axer sa politique africaine sur trois volets essentiels (politique et diplomatique; humanitaire et développement; et économique et investissements privés) pour lancer un signal clair aux africains que le Canada de Justin Trudeau a une réelle volonté de renouer avec l’Afrique. Ces trois volets devraient être soutenus par des aides bilatéraux substantiels pour garantir les intérêts canadiens dans le continent.

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Volet politique et diplomatique

Le volet politique est très important pour renforcer les relations bilatérales entre les États et ouvrir des portes pour des opportunités d’affaires. D’ailleurs les spécialistes, tant de relations internationales que de développement international, sont très conscients et reconnaissent que toutes formes d’aide bilatérale comportent un certain degré de manipulation politique, économique ou diplomatique de la part du pays donateur.

En effet, le Canada est le seul développé qui n’a pas un passé colonial en Afrique et qui pouvait se prévaloir d’être un partenaire privilégié de l’Afrique, dans la mesure où il appartient à deux organisations intergouvernementales (Francophonie et Commonwealth) dont la plupart des pays africains sont membres soit de l’une, de l’autre ou de deux.

Dans ces deux organisations intergouvernementales, le Canada a une position de membre influent, politiquement et diplomatiquement, notamment par sa contribution financière au bon fonctionnement de celles-ci.

Et pourtant, la présence et l’influence politique du Canada en Afrique a diminué sensiblement. Le Canada a tout simplement fait mine d’ignorer l’importance politique que représentait l’Afrique comme un allié éventuel sur l’échiquier international. J’en veux pour exemple tous les efforts entrepris par la diplomatie canadienne pour persuader les États africains, membres de la Francophonie et du Commonwealth, d’appuyer la candidature du Canada au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ont aboutis aux résultats non concluants.

Tout ceci pour dire que l’aide au développement est profitable, de part et d’autre, aussi bien pour celui qui donne que pour celui qui reçoit. Elle demeure un outil important dont disposent les diplomates qui s’en servent allègrement pour influer sur les décideurs politiques de leurs pays d’affectation. Elle facilite également la progression des intérêts politiques, économiques et diplomatiques de pays donateurs.

Volet humanitaire et développement

L’assistance humanitaire comme un support aux efforts de paix dans le monde et l’aide publique au développement (APD) qui, autrefois, étaient d’une importance vitale pour l’Afrique, ont vu leur budget se fondre comme neige au soleil, d’année en année.

Le Canada a sensiblement réduit sa participation aux opérations de maintien de la paix en Afrique, alors que nombre et l’intensité des conflits armés dans cette région du monde n’ont cessé d’augmenter au courant des dix dernières années.

Selon les statistiques de l’OCDE, l’APD du Canada se situerait aux alentours de 0.24 % du revenu national brut (RNB) en 2014, soit une baisse de 10.7 % en termes réels par rapport à 2013. Alors qu’il devrait normalement être d’au moins de 0.7% du RNB. L’APD du Canada a donc reculé tant en volume qu’en pourcentage du RNB, au point qu’aujourd’hui le Canada se classe au 16e rang des donneurs membres du Comité d’aide au développement (CAD) pour le rapport de l’APD au RNB et à la 10e place pour le volume de l’aide.

La part belle du budget du développement international est destinée essentiellement à la promotion des intérêts économiques privés, ce qui n’est pas mauvais en soi, si on pouvait faire de même pour l’assistance humanitaire aussi.

Avec l’adoption en septembre dernier des Objectifs du développement durable (ODD), espérons que le Canada pourrait se réengager avec un programme ambitieux pour aider l’Afrique dans le processus de réalisation des ODD.

Volet économique et investissements privés

Point n’est besoin de rappeler que l’Afrique regorge d’immenses ressources naturelles qui suscitent bien des convoitises.

Les quelques entreprises canadiennes qui sont présentes en Afrique, investissent essentiellement dans le secteur des ressources naturelles, notamment énergétique et de l’exploitation des mines.

Au cours des dix dernières années, le Canada a signé des accords de promotion et de protection des investissements étrangers (APIE) avec plusieurs pays africains pour éliminer les barrières discriminatoires et garantir aux entreprises canadiennes l’accès aux marchés nationaux, ce qui est une très bonne chose pour encourager les investissements étrangers dans le continent.

L’Afrique offre beaucoup d’opportunités d’affaires pour les entreprises canadiennes. Avec une volonté politique, le Canada peut faire davantage pour renforcer les liens économiques avec l’Afrique. Il dispose de ressources et de savoir-faire nécessaires pour obtenir des parts de marché importantes dans divers domaines tels que la construction des infrastructures de base.

En effet, pendant que le Canada a délaissé l’Afrique pour se tourner essentiellement vers l’Asie, notamment en Chine et en Inde, ces derniers se positionnaient en Afrique avec des gros investissements et raflaient les parts de marché importantes dans le continent. Aujourd’hui, la Chine devient pratiquement le premier partenaire économique de l’Afrique, dépassant même les partenaires traditionnels du continent. Elle est présente dans la plupart des pays africains et importe massivement les matières premières africaines.

Comme le nouveau premier ministre canadiens l’avait indiqué dans sa plate-forme électorale : « Nous allons rétablir le leadership du Canada sur la scène mondiale. » et répété après son élection : « le Canada est de retour sur la scène internationale », nous avons bon espoir et restons confiants que le gouvernement Trudeau va déployer des efforts substantiels pour rétablir des rapports cordiaux avec l’Afrique et consolider des relations politiques, économiques et diplomatiques avec celle-ci.

Les populations africaines aimeront voir un premier ministre canadien qui parle sincèrement aux dirigeants africains, pas seulement de l’économie et d’inopportunités d’affaires pour les investisseurs canadiens, mais aussi de l’État de droit, du respect des droits de la personne, de la démocratie, de l’égalité entre les sexes, de la non-discrimination et de la préservation de la paix et la sécurité internationale, telles sont des valeurs chères aux Canadiennes et Canadiens.

12065499_10153243477507183_6221012148673777083_nIsidore KWANDJA NGEMBO, Politologue & ancien conseiller à la direction de l’Afrique centrale et occidentale au ministère canadien des Affaires étrangères et commerce international.

RDC : le G7 dans l’opposition ou la stratégie du glissement ?

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Les responsables du groupe des sept partis politiques de la Majorité présidentielle (MP) en République démocratique du Congo (RDC), dénommé « G7 », signataires de la lettre articulée en 23 points et adressée au président Kabila en date du 14 septembre 2015, ont été pour les uns révoqués, pour les autres contraints de renoncer à leurs mandats au sein de différentes directions tant au gouvernement qu’aux deux Chambres du Parlement.

Tout le monde (y compris au sein de l’opposition politique congolaise) a applaudi un acte courageux venant des membres éminents de la MP. Une initiative qui va dans le sens du respect des principes démocratiques et du renforcement de l’état de droit qui doit être garanti par le respect strict de la Constitution.

Le G7 occupe le paysage politique congolais

Dans leurs premières déclarations publiques, les membres du G7 disaient qu’ils ne faisaient plus partie de la MP et ne rejoignaient pas non plus l’opposition politique, mais se battraient pour faire respecter strictement la Constitution du pays. En fait, ils étaient en faveur de la tenue des élections dans les délais constitutionnels afin de parvenir à une alternance démocratique en 2016. Une bataille que l’opposition politique est en train de mener depuis plusieurs mois déjà.

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Mais cette sortie fracassante du G7 dans le paysage politique congolais et surtout leur exclusion au sein de la MP a non seulement éclipsé complètement l’opposition politique traditionnelle, le G7 s’est approprié la bataille du respect de la constitution dont ils sont les géniteurs. De ce fait, le G7 occupe maintenant tout l’espace politico-médiatique. Sur les plateaux de télévision congolaise, ainsi que dans les journaux écrits, ne sont présents que les anciens sociétaires et les fidèles de la MP, aujourd’hui en discordance avec les principes idéologiques qu’ils ont pourtant élaborés ensemble et défendus bec et ongles.

Quel crédit peut-on donner à l’Homme politique congolais face à tout cet imbroglio quand on sait bien que dans ce pays la roue du changement d’allégeances politiques tourne beaucoup plus vite que celle du moulin?

Nombreux diront qu’il ne faut surtout pas croire tout ce que l’on dit. En RDC comme ailleurs, la plupart vont en politique non pas par conviction idéologique, mais plutôt par opportunisme.

À lire aussi : Et si c’était le stratagème du PPRD pour conserver le pouvoir?

Ce qui laisse surtout perplexe et est incompréhensible pour le commun des mortels est que ces hauts cadres quittent le « bateau MP » à quelques mois de la présidentielle et des législatives, alors qu’ils sont  comptables – les passifs et actifs – d’une décennie de gestion collective des affaires de l’État. Est-ce une fuite en avant, une réelle volonté de changement, un repositionnement politique ou une stratégie insidieuse de la MP. Une stratégie visant à injecter ses membres au sein de l’opposition en prévision du fameux dialogue politique, afin de consommer le glissement tant redouté? Tous ces questionnements ont le mérite d’être soulevés pour en avoir le cœur net sur la sincérité de l’acte posé par le G7.

Il est important de rappeler que ces personnalités du G7 ne sont pas n’importe quels simples quidams de la MP. Il s’agit bien des bonzes du régime Kabila. Les piliers qui ont construit l’édifice du régime et l’ont maintenu contre vents et marées pendant une décennie. Ils n’étaient pas tombés en disgrâce pour que l’on dise que ce sont des revanchards. La plupart d’entre eux occupaient encore des postes importants dans l’architecture gouvernementale.

Et si l’histoire se répétait?

En effet, ceux qui s’intéressent à la situation politique congolaise de vingt-cinq dernières années vont certainement se souvenir des péripéties des années 90. Tout ce qui se passe actuellement dans le paysage politique congolais n’est pas sans rappeler la fameuse « Union sacrée de l’opposition radicale et alliés (Usoral) », un regroupement politique de l’opposition contre le régime du président Mobutu.

Après son fameux discours du 24 avril 1990 dans lequel Mobutu annonçait la fin du MPR parti-État et le début du multipartisme, il y a eu une multitude des partis politiques qui se sont créés et qui se réclamaient de l’opposition. Nombreux d’entre eux avaient rejoint le noyau dur composé de l’UDPS pour former une plateforme dénommée « Usoral » qui, au départ, était derrière Tshisekedi. Mais après un court cheminement ensemble, l’Usoral s’est morcelée pour finalement rejoindre leur famille naturelle de la mouvance présidentielle, d’où provenaient la plupart d’entre eux. La morale de l’histoire, c’est que l’opposition a été émiettée et complètement affaiblie de l’intérieur. Il ne faut donc pas sous-estimer la capacité de l’Homme politique congolais à se métamorphoser pour les besoins de la cause.

Plus de vingt ans après, sommes-nous en train de revivre les mêmes scénarii des années 90? Seul l’avenir nous dira si nous pouvons ou non accorder le bénéfice du doute quant à la sincérité du G7 de barrer la route à un probable troisième mandat de Joseph Kabila. Et surtout de l’empêcher de glisser après novembre 2016.

Ce qui est sûr, c’est que, quelle que soit la manière dont les événements vont se dérouler dans les jours et mois à venir, Karl Marx nous prévient déjà que : « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. »

Qu’on le veuille ou non, le G7, désormais constitué en plateforme politique, devient ipso facto un interlocuteur avec lequel l’opposition devrait compter pour faire pression au régime en place afin de respecter la Constitution et organiser les élections dans le délai prévu. La politique est toujours dynamique et la vigilance devrait être le maître mot.

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ikIsidore Kwandja Ngembo,politologue