Dernier voyage du président Obama en Afrique : côté pile et côté face

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À seize mois de la fin de son deuxième et dernier mandat en tant que président des États-Unis, Barack Obama, prépare déjà une sortie honorable de la Maison Blanche et met la table pour les prochains défis qu’il compte relever après sa présidence.

Son quatrième et dernier voyage dans le continent africain, en tant que président, est à la fois une occasion de retrouvailles avec sa famille biologique et une tournée d’au revoir d’un « fils du continent » qui a assumé deux mandats consécutifs à la tête de la super puissance mondiale.

Que peut-on retenir côté pile et côté face de ce dernier voyage du 44e président américain en Afrique?

CÔTÉ FACE : SAUVER LA FACE

Le choix du Kenya comme dernière destination du président Obama en Afrique n’est pas fortuit. Depuis son élection en novembre 2008 et son accession à la Maison Blanche en janvier 2009, Barack Obama n’était pas allé au Kenya, pays natal de son père, bien qu’il y fût allé à trois reprises déjà avant, en quête de ses racines africaines.

Le Kenya n’est donc pas que le pays de son père, c’est aussi son pays. On ne se doutait pas qu’il puisse, un jour, faire un voyage au Kenya pendant sa présidence, ne serait-ce que pour honorer son défunt père. Mais le président américain ne pouvait pas aller s’afficher publiquement avec un président kényan, Uhuru Kenyatta, qui était poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité perpétrés par ses supporteurs pendant la période post-électorale de 2007 et qui avaient fait plus de 1 500 morts.

La première escale de deux jours à Nairobi de son périple africain, bien qu’officiel, était d’abord et avant tout un retour au bercail d’un « enfant du pays ».

Comme il l’a dit lui-même : « Je vous avais promis que je viendrais, et en tant qu’homme politique, il est important de tenir ses promesses […] Je suis très fier d’être le premier président kényan des États-Unis ».

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À son atterrissage à l’aéroport Jomo-Kenyatta de Nairobi, on a remarqué une forte présence de la famille biologique du président, notamment les images de retrouvailles chaleureuses avec sa sœur et ensuite aux côtés de sa grand-mère très émue, qui témoignent de son attachement à ses origines africaines.

Comme un fils du pays, Barack Obama n’a pas porté de gants ni usé de langage diplomatique pour dénoncer ouvertement la corruption et le tribalisme qui minent le Kenya, mais aussi l’ensemble des pays africains.

« Au Kenya, comme dans d’autres pays d’Afrique, la corruption est tolérée… alors que c’est un fléau qui ronge le pays et le tire vers le bas […] vous devez savoir vous lever et dire trop c’est trop », dixit le président américain devant un auditoire de près 5 000 personnes triées sur le volet.

CÔTÉ PILE : TOURNÉE D’AU REVOIR

L’étape d’Éthiopie est strictement officielle. En effet, Addis-Abeba est le siège des institutions de l’Union africaine. Le président Obama y prononcera un discours historique. Discours d’au revoir en tant que président et fils du continent devenu le président de la super puissance économique et militaire du monde, alors que le continent fait face à des sérieux problèmes économiques et en proie aux conflits armés et guerres civiles.

En effet, comme lors de ses trois précédents voyages dans le continent africain, le président Obama choisit toujours les pays qui s’efforcent de faire progresser la démocratie et l’État de droit.

Les États-Unis n’ont cessé d’encourager les pays africains dans leurs efforts de démocratisation. Nul doute que comme à Nairobi, le président Obama va rappeler aux Africains la nécessité de respecter les lois fondamentales de leurs pays et de lutter contre toutes les formes de discrimination, comme il le fait lui-même dans son pays.

QU’EST-CE QUE SA PRÉSIDENCE A APPORTÉ AUX AFRICAINS?

L’élection Barack Obama avait été célébrée partout en Afrique. Nombreux croyaient à tort ou à raison que maintenant qu’un fils du continent est à la Maison-Blanche, il aurait une oreille attentive aux préoccupations des Africains.

Ceux qui disent que le président Obama n’a rien fait pour les Africains doivent savoir que celui-ci est d’abord et avant tout le président des Américains, à qui il doit rendre des comptes. En tant que tel, il n’a rien d’africain à part son nom. Il agit comme tous les autres dirigeants américains avant lui, c’est-à-dire qu’il est au service des intérêts américains dans le monde.

Il est donc illusoire de penser un seul instant que le président Obama puisse faire des concessions lorsque les intérêts de son pays sont en contradiction avec ceux des Africains: « Business is business».

Ceux qui ont compris que Barack Obama est un président américain au service des Américains savent qu’aux États-Unis, il a beaucoup fait pour les Américains en général et les Afro-Américains particulièrement. Déjà par sa présence à la Maison-Blanche,  il a brisé le plafond de verre, démystifié les mythes et préjugés, permis aux jeunes noirs de rêver aux lendemains meilleurs.

Bien qu’il soit astreint au devoir de réserve, Barack Obama est très conscient des réalités que vivent encore aujourd’hui les Afro-Américains aux États-Unis. Il n’a jamais hésité de dénoncer, avec beaucoup de délicatesses, les brutalités policières et autres comportements discriminatoires des agents de l’ordre.

On a qu’à se rappeler de propos tenus lors de l’arrestation de l’Afro-Américain et professeur à Harvard University, Henry Louis Gates Jr, comme un malfrat par le sergent Crowley, ou encore à la suite de la mort de Michael Brown, abattu par un policier à Ferguson. Il a dénoncé certaines « lois raciales », encore en vigueur, qui font peupler le nombre des noirs dans les prisons américaines.

Il ne s’est jamais gêné ni même complexé de promouvoir les Afro-Américains qui ont des compétences éprouvées. Il suffit de jeter un coup d’œil dans son administration pour s’en rendre compte.

Tous les efforts qu’il entreprend dans son pays pour rapprocher les communautés bénéficient également aux Africains, directement ou indirectement.

À la fin de sa présidence, les Africains peuvent aussi profiter d’un Barack Obama, même sans mandat public, pour soutenir, cette fois-ci, les causes qui leur tiennent à cœur. Il a un charisme hors du commun, une personnalité digne de respect et peut réussir à faire évoluer positivement les mentalités.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

Un nouveau président à l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

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La 41e session annuelle de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) qui s’est tenue à Berne en Suisse, du 6 au 10 juillet 2015; et dont le thème choisi pour le débat général était : « Encourager l’accès à une formation de qualité pour tous : un défis prioritaire pour la Francophonie », a connu un temps fort, celui de la passation de pouvoir entre l’ancien et le nouveau président.

En effet, le mandat de deux années de la présidence canadienne s’est achevé à l’issue de la 41e session annuelle de l’APF. Le sénateur Paul E. McIntyre a parachevé le mandat qu’avait entamé par sa collègue Andrée Champagne en juillet 2013. Celle-ci avait tiré sa révérence du Sénat en juillet 2014, pour avoir atteint l’âge limite de 75 ans pour siéger à la Chambre haute du Canada.

C’est le président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, Aubin Minaku Ndjalandjoko, qui a pris la relève. Il a été élu par acclamation à la  présidence de l’APF pour deux ans.

Pour rappel, l’APF a été créé en mai 1967 au Grand-duché de Luxembourg, d’abord comme une Association internationale des parlementaires de langue française, puis comme une Assemblée parlementaire de la Francophonie. Elle réunit actuellement des parlementaires de 81 Assemblées issues des cinq continents.

Il est important de mentionner également que l’APF avait joué un rôle important à la création, en 1970, de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), devenue par la suite l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Son statut d’Assemblée consultative de l’OIF « Parlement de la Francophonie » a été confirmé par la Charte de la Francophonie, en son article 2. Elle sert donc de relais entre les instances de l’OIF et les populations francophones; et participe activement à la vie institutionnelle de la Francophone en donnant des avis et recommandations destinés aux chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage.

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Aubin Minaku pourrait-il infléchir sa famille politique?

Le nouveau président de l’APF est à la fois président de l’Assemblée nationale de la RDC, et en même temps secrétaire exécutif de la Majorité présidentielle (MP), une plateforme de partis politiques et personnalités qui appuient les politiques du chef de l’État congolais Joseph Kabila et qui veulent, à tout prix, le voir se représenter pour un troisième mandat.

En janvier 2015, le gouvernement congolais a présenté au parlement un projet de loi portant modification de la loi électorale en vigueur. Celui-ci subordonnait l’organisation des élections au recensement général de la population. Mais nombreux observateurs de la situation politique dans ce pays considéraient certaines dispositions de ce projet de loi comme voulant intentionnellement prolonger de facto, le mandat du président Kabila qui, constitutionnellement, ne devrait plus briguer un troisième mandat.

Le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, avait joué un rôle déterminant pour faire passer le vote de cette loi, malgré la vive tension qui prévalait pour exiger la suppression de l’alinéa 3 de l’article 8 de la loi controversée. Il a convoqué une session extraordinaire pour faire voter la loi électorale par les députés de sa Majorité présidentielle, les autres ayant boycotté la plénière.

Le vote de cette loi avait entraîné des manifestations de protestation violente dans les grandes villes du pays pendant trois jours, du 19 au 21 janvier 2015. Il y a eu plusieurs dizaines des morts, selon les ONG des droits de la personne. Finalement, l’Assemblée nationale a fait marche arrière et procédé au retrait pur et simple de ladite disposition de la loi controversée.

 « Étant les élus directs du peuple, nous étions donc dans l’obligation d’écouter le souverain primaire qui nous a élus », avait expliqué le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku.

En effet, si cette disposition de la loi controversée avait été maintenue et adoptée comme telle, dans un pays grand comme un continent, sans infrastructures routières et ferroviaires, le recensement général prendrait plusieurs années avant d’organiser les élections en RDC.

Actuellement, le président Kabila est en consultations avec les acteurs politiques de l’opposition, de la majorité, de la société civile et les chefs des confessions religieuses en vue d’un dialogue politique qu’il envisage d’organiser dans les jours ou mois à venir.

Certains partis de l’opposition ne veulent rien entendre d’un dialogue à 15 mois de la présidentielle et des législatives. Ils estiment que ce dialogue, initié par le président Kabila, est un prétexte de la Majorité présidentielle en vue de prolonger tacitement le mandat du président de la République au-delà du délai constitutionnel, et ainsi retarder inutilement les élections prévues en 2016. D’autres par contre, veulent bien aller au dialogue, mais sous une médiation internationale.

S’il doit avoir lieu, le dialogue en question se focaliserait essentiellement sur des questions électorales, notamment la révision du calendrier électoral qui prévoit plusieurs scrutins – présidentielle, sénatoriales, législatives, provinciales, municipales et locales en RDC – en moins de deux ans et qui devrait coûter pas moins d’un milliard de dollars américains, selon les prévisions de la Céni, pouvoir-organisateur des élections en RDC.

En effet, maintenant que le président Minaku assure la présidence d’une organisation internationale qui se trouve être un lieu par excellence de débats, de propositions et d’échanges d’informations sur les sujets d’intérêt commun de l’espace francophone, notamment la promotion de la démocratie, de l’État de droit et des droits de la personne, conformément à la Charte de la Francophonie, aux Déclarations de Bamako et de Saint-Boniface, nous avons bon espoir que le nouveau président de l’APF sera très attentif aux pratiques de la démocratie et des libertés individuelles dans l’espace francophone, tout prêchant par l’exemple dans ses actions quotidiennes.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

L’OIF au sein des instances judiciaires internationales

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L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dont les mandats sont, entre autres, de promouvoir la langue française – notamment au sein des organisations internationales -, de veiller à ce que les États membres garantissent le respect des droits et libertés individuels, de promouvoir la démocratie, l’État de droit et prévenir les abus contre des droits de la personne dans l’ensemble de l’espace francophone; concourt à la préservation de la paix et à la sécurité internationale.

Cependant, il ne saurait y avoir de paix véritable sans démocratie, tout comme il n’est pas possible de penser à la démocratie sans garantie des libertés individuelles. Il ne peut y avoir non plus des libertés sans respect des droits fondamentaux de la personne. Finalement, il est inimaginable pour les humains de vivre en toute quiétude et de s’épanouir dans un espace sans justice indépendante et impartiale.

Par ce raisonnement analogique, j’aimerais démontrer que la paix est liée de manière indissociable à la démocratie qui, à son tour, est liée à la garantie des libertés individuelles et au respect des droits fondamentaux de la personne. Ces deux se traduisent par l’absence de contraintes et le sentiment d’indépendance. Tout ceci pour soutenir finalement l’idée selon laquelle la promotion de la démocratie doit aller de pair avec celle de la justice. Les deux formant un tout, puisque l’une ne va pas sans l’autre.

Soucieuse de faire progresser réellement la démocratie, l’État de droit et le respect des droits de la personne, Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, toujours dévouée, y met tout son cœur et toute son énergie pour y arriver. Pour ce faire, elle veut créer un environnement permettant la tenue d’élections démocratiques, régulières, libres et transparentes.

D’autant plus qu’avec une quinzaine d’élections qui se profilent à l’horizon, en Afrique notamment, pendant son premier mandat à la tête de l’OIF, Mme Jean devrait avoir les coudées franches pour faire plier tous ceux qui tiennent mordicus soit à conserver leurs fauteuils, soit à l’arracher à tout prix, de respecter le verdict des urnes, surtout lorsqu’il n’est pas en leur faveur.

Un tel progrès serait une avancée majeure pour la démocratie dans un continent où chaque élection est sujette à contestation.

Toutefois, il ne suffit pas simplement d’organiser régulièrement des élections pour penser que les États sont devenus des démocraties. La situation actuelle au Burundi est un exemple éloquent: les élections ne sont pas le seul moyen d’assurer la démocratie. Les principes de la démocratie et de l’État de droit supposent également l’existence des libertés individuelles, d’une justice indépendante et compétente pour trancher les contentieux électoraux.

On entend souvent proclamer l’indépendance de la justice, mais dans la pratique elle reste soumise, dans la plupart des États de l’espace francophone, à l’omnipotence de tenants du pouvoir. Cette partialité des systèmes judiciaires empêche le juge naturel de rendre justice en toute indépendance.

En effet, pour éviter le semblant de justice ou même la justice de vainqueurs très souvent administrée aussi bien lors des contentieux électoraux que dans nombre de situations de pays post-conflits, l’OIF devrait sérieusement réfléchir à la possibilité d’aider à améliorer sensiblement le système judiciaire des États membres, un gage de démocratie et de l’État de droit.

Pour cela, l’OIF devrait de toute évidence examiner la possibilité d’avoir une présence permanente au sein de plus importantes instances de la justice internationale à La Haye, notamment à la Cour internationale de justice (CIJ) et surtout à la Cour pénale internationale (CPI). Cette dernière, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, qu’on apprécie ses méthodes de travail ou non, elle est un mal nécessaire, si je puis dire ainsi.

Depuis sa création, la CPI prévient et dissuade les violations massives des droits de la personne. Certains potentats qui croyaient que tout leur était permis réfléchiraient maintenant deux fois avant de commettre des violations graves des droits de la personne, sauf s’ils décident de se procurer une cellule à Scheveningen pour le restant de leurs jours pour y méditer sur les crimes commis pendant leur règne.

Une représentation permanente de l’OIF à La Haye : pour quoi faire?

Avec des représentations permanentes aux Nations unies à New York et Genève, à l’Union européenne à Bruxelles et à l’Union africaine à Addis-Abeba, l’OIF couvre une bonne partie d’importantes instances politiques et diplomatiques internationales. Toutefois, il y a un dernier chaînon manquant dans le dispositif de l’OIF pour quadriller l’ensemble des principales instances internationales, à savoir une représentation permanente dans les instances judiciaires internationales.

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Capitale mondiale du droit international, La Haye abrite les plus importantes instances de la justice internationale, notamment la CIJ, organe judiciaire principal des Nations unies, instituée en 1945 pour régler les différends d’ordre juridique entre les États membres et donner des avis consultatifs sur les questions juridiques qui lui sont posées par les organes et institutions des Nations unies, conformément au droit international. Il y a également la CPI qui est compétente principalement sur trois types de crimes: génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Outre les deux plus importantes cours internationales ci-hautes, La Haye abrite aussi d’autres instances judiciaires ou à caractères judiciaires internationales, notamment la Conférence de la Haye de droit international privé, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), Europol, Eurojust, le Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), l’Académie de droit international de La Haye, etc.

Ce faisant, deux raisons majeures concourent à la nécessité d’avoir une présence permanente de la Francophonie à La Haye.

Premièrement, la CIJ est le seul des six organes principaux des Nations unies dont le siège n’est pas basé à New York. On y trouve également à La Haye, une Cour permanente d’arbitrage (CPA) chargée de régler de façon préventive les différends entre États, d’administrer des arbitrages et conciliations dans des litiges internationales entre États, individus et organisations intergouvernementales.

La CPI, première cour permanente créée par le traité de Rome en 1998, contribue énormément à dissuader et poursuivre les auteurs des plus graves crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides. Sur les 22 affaires de 9 pays qui ont été ouvertes devant la CPI à ce jour, plus de la moitié concernent les ressortissants de pays francophones (République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, République centrafricaine et Mali).

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Deuxièmement, il importe de mentionner que contrairement à la plupart des organisations internationales où le multilinguisme est essentiel à la communication et à la participation effective des différents membres aux réunions et travaux internationaux (six langues officielles pour les Nations unies, vingt-quatre langues officielles, dont trois de travail à l’Union européenne et six langues de travail à l’Union africaine), à la CIJ tout comme à la CPI, les langues de travail sont uniquement l’anglais et le français. Il est donc crucial pour les États membres de l’OIF de veiller à une application régulière à la fois des règles du droit civil (système juridique romano-germanique qui repose sur le Code Napoléon) et aussi de l’utilisation de la langue française.

Nécessité d’une représentation permanente à La Haye

Sur papier, tout ça est beau, la langue française est bien placée dans les forums internationaux. Mais dans la réalité, comme le note si bien Dominique Hoppe, Président de l’Assemblée des fonctionnaires francophones des organisations internationales (AFFOI), les règles statutaires qui définissent des langues officielles et des langues de travail aux Nations unies, à l’Union européenne, tout comme à l’Union africaine sont foulées aux pieds au profit d’un monolinguisme de fait qui s’impose de plus en plus.

« On ne peut plus seulement parler de la défense de la langue française mais aussi et surtout de la langue française qui défend la nécessité de la diversité linguistique et culturelle, de la représentativité des peuples et ultimement de la défense de l’équilibre démocratique de la gouvernance mondiale », Dominique Hoppe

Le cri d’alarme ci-haut lancé par Dominique Hoppe nous rappelle le risque qui s’accroît de voir les organisations multilatérales, privées de la diversité nécessaire à leur bon fonctionnement, devenir des technocraties mono-culturelles favorables à un certain modèle de société, plutôt que des administrations multipolaires au service des nations qui les composent.

Cette interpellation de M. Hoppe sonne comme un cri du cœur d’un ardent défenseur de la langue française, à la fois pour sensibiliser les francophones qui œuvrent au sein des organisations internationales, mais aussi les instances de l’OIF, pour qu’elles prennent les dispositions nécessaires afin de veiller et de fournir l’appui nécessaire, si besoin, pour s’assurer que la langue française soit effectivement une des langues de travail, notamment dans les instances de la justice internationale.

Voilà pourquoi il est nécessaire pour l’OIF d’avoir une présence permanente à La Haye. En effet, une représentation permanente à La Haye permettra de garantir le suivi quotidien des travaux dans les instances judiciaires internationales et de fournir la bonne information aux États membres qui peuvent avoir ou ont des doutes sur l’impartialité de la justice internationale, et qui considèrent à tort ou à raison la CPI, notamment, d’être un instrument néocolonial au service de l’Occident pour régler les comptes des dirigeants indociles et récalcitrants.

En octobre 2013, l’Union africaine, dont la majorité des États est francophone, avait déjà menacé de sortir en bloc de la CPI, oubliant qu’elle est le produit d’un accord consenti délibérément entre ses États souverains. Elle s’est ravisée à demander simplement la suspension des actions intentées contre les chefs d’État en exercice.

Affranchir la loi de l’arbitraire au sein de l’espace francophone

« Il y a, dans chaque État, trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutive des choses qui dépendent du droit des gens et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil […] lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté […] il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice », Montesquieu (1748), De l’esprit des lois.

Montesquieu ne croyait pas si bien dire lorsqu’il préconisa en 1748 la séparation des trois pouvoirs – législatif, exécutif et judiciaire – pour assurer un équilibre entre les institutions étatiques. En effet, dans l’esprit de Montesquieu, la puissance de juger doit être séparée des deux autres pouvoirs pour éviter le risque dictatorial.

Pour produire pleinement les effets escomptés, le projet-phare de l’OIF – la Francophonie économique que nous appelons de tous nos vœux -, doit reposer sur une base juridique saine. Il y a donc une nécessité d’encourager les États membres dans la démocratisation de leur régime pour favoriser une pleine participation de tous au développement socio-économique de l’espace francophone. L’OIF, avec la volonté de son nouveau leadership mené par sa secrétaire générale, peut bien accompagner les États membres pour bâtir un espace francophone où les libertés démocratiques sont respectées.

On ne le dira jamais assez, la justice est la base de la démocratie qui procure le développement pour le plus grand nombre de personnes. Sinon, il est impossible d’imaginer un quelconque développement économique durable qui profite à tous dans un espace où la justice est partiale.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue