Une brouille inquiétante entre la RDC et la Monusco

 

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Le gouvernement de Kinshasa a renoncé à tout soutien, militaire, matériel ou logistique de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), pour une offensive tant attendue de son armée contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe rebelle basé en République démocratique du Congo (RDC) et accusé d’avoir participé au génocide de 1994 au Rwanda.

Cette annonce a été faite le dimanche 15 février 2015, à Kinshasa par le chef de l’État congolais, Joseph Kabila, lors d’une réunion à laquelle ont été conviés une vingtaine d’ambassadeurs essentiellement occidentaux, y compris le chef de la Monusco. Au cours de cette réunion, Joseph Kabila a fustigé l’ingérence de la communauté internationale dans les affaires intérieures de son pays.

La RDC est un État souverain qui n’est sous tutelle ni de l’ONU, ni d’un quelconque État. Par conséquent, le positionnement des officiers supérieurs dans la chaîne de commandement de l’armée nationale relève de la compétence exclusive des autorités congolaises.

La brouille entre la RDC et la Monusco est survenue après la nomination de deux généraux de l’armée congolaise, censés collaborer avec la Monusco contre les FDLR, mais que la mission des Nations unies accuse de graves violations des droits de la personne.

Pour rappel, la Mission des Nations unies au Congo a été créée par le Conseil de sécurité, par sa Résolution 1279 du 30 novembre 1999. Cette mission est présente au Congo depuis 15 ans, avec des effectifs de plus ou moins 20 000 hommes. La Monusco a le mandat qui l’autorise à recourir à tous les moyens nécessaires pour protéger les populations civiles contre toute violation des droits de la personne et soutient le gouvernement de la RDC dans ses efforts de stabilisation et de consolidation de la paix.

Le 28 mars 2013, le Conseil de sécurité a renforcé le mandat de la Monusco en créant, par sa Résolution 2098 (2013), une brigade d’intervention chargée de « neutraliser » et de désarmer les groupes armés menaçant l’autorité de l’État et la sécurité des civils dans l’est de la RDC, notamment les FDLR. Ce mandat a été prorogé par la Résolution 2147 (2014) du Conseil de sécurité, à titre exceptionnel, et prendra fin le 31 mars 2015.

Ce qui est bien curieux, c’est que la brouille survient à un mois de la fin du mandat de la brigade d’intervention de la Monusco. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce qui a pu motiver une telle décision du gouvernement congolais, quand on connaît l’horreur que font subir les rebelles de FDLR aux femmes et fillettes de l’est de la RDC ?

On peut spéculer sur différents scénarios possibles : soit que le gouvernement de Kinshasa n’a pas l’intention de solliciter le renouvellement du mandat de la brigade d’intervention, soit qu’il se complaît de la présence des FDLR sur son territoire et donc n’a pas l’intention de les neutraliser, soit alors qu’il y ait d’autres motivations obscures qui feraient en sorte que la présence des Nations unies serait gênante ou alors il n’en veut plus de cette mission qui n’a que trop duré et dont les résultats sont discutables.

Un son de cloche, pas de n’importe qui, mais d’un fin connaisseur de la situation politico-sécuritaire de la région des Grands Lacs africains, député européen et ancien ministre des Affaires étrangères belge, Louis Michel, qui a dressé un réquisitoire sans complaisance de la situation en RDC :

« La situation en RDC est particulièrement préoccupante. Il est essentiel qu’une élection présidentielle crédible se déroule dans le délai prévu. Le président de la Commission électorale nationale indépendante de la RDC, monsieur l’abbé Malu-Malu,  sans tarder, doit élaborer un chronogramme en vue de  la tenue d’un scrutin en 2016. Il est donc indispensable que l’ensemble du processus électoral se déroule dans un climat apaisé. On ne peut tolérer ni des arrestations, ni des intimidations. Et on assiste à ça aujourd’hui en RDC.C’est la raison pour terminer pour laquelle je vous proposerais de soutenir l’idée d’un observatoire ou d’une équipe d’observateurs avec les Nations unies et l’Union européenne pour vérifier le respect des droits de l’homme en RDC. »

En suivant attentivement l’intervention de Louis Michel au Parlement européen à Strasbourg le 10 février 2015, on peut imaginer entre autres que les considérations électoralistes ont contribué pour beaucoup au renoncement de Kinshasa au soutien des Nations unies.

À ce propos, il est important de rappeler que la communauté internationale a longtemps exigé la publication par la Commission électorale nationale indépendante du Congo, un calendrier global des élections dans le délai constitutionnel. Maintenant que c’est chose faite et que la date prévue pour les élections présidentielle et législatives est le 27 novembre 2016, il est possible que le pouvoir de Kinshasa essaie de trouver des raisons pour obtenir le glissement du calendrier électoral.

Sinon, la question qu’on se pose est de savoir si réellement le gouvernement de Kinshasa a l’intention de désarmer les FDLR enracinés à l’est du Congo pendant plus de 20 ans ? En effet, comme l’a si bien souligné l’ancien ministre belge des Affaires étrangères, tant et aussi longtemps que cette question des FDLR ne sera pas réglée, il n’est pas possible d’imaginer la paix durable et la sécurité à l’est de la RDC. L’avenir nous dira si la décision de renoncer au soutien de Nations unies était salutaire pour la RDC.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

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