COP21 et défis climatiques : Quelle contribution attendre de la Francophonie?

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L’année 2015 sera déterminante pour la protection de l’environnement. Du 30 novembre au 15 décembre 2015, sera tenue à Paris, en France, la 21e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21), suivie de la 11e Conférence des Parties siégeant en tant que Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CRP-11).

Rappelons que le texte de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été adopté au siège des Nations Unies à New York en mai 1992. Il a été ensuite ouvert à la signature au Sommet de Rio de Janeiro en juin 1992 et est entré en vigueur en mars 1994. Actuellement, 195 États sur les 197 reconnus par les Nations Unies l’ont déjà ratifiée. Mais la CCNUCC ne comprenait pas des cibles juridiquement contraignantes. C’est pourquoi les États-Parties tentent, au travers de différentes conférences, de fixer les engagements contraignants pour limiter le réchauffement climatique.

Les précédentes conférences s’étaient tenues successivement à Bali en Indonésie (2007), à Poznań en Pologne (2008), à Copenhague au Danemark (2009), à Cancún au Mexique (2010), à Durban en Afrique du Sud (2011), à Doha au Qatar (2012), à Varsovie en Pologne (2013) et à Lima au Pérou (2014).

La conférence de Paris (COP21) sera cruciale à plusieurs égards. Premièrement, il s’agit d’une importante conférence internationale sur les changements climatiques, sous l’égide des Nations Unies, jamais organisée auparavant dans un pays francophone, membre effectif de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Deuxièmement, il s’agirait pour la France d’assurer non seulement la facilitation, en français on l’espère en tout cas, entre les États-parties aux négociations, mais surtout de réussir à faire adopter un accord contraignant pour relever, une fois pour toutes, le défi du réchauffement climatique.

La France peut-elle alors compter sur l’appui indéfectible de plus d’un tiers des États membres des Nations Unies qui composent l’OIF? Voilà une question que mérite d’être posée au moment où l’Organisation est appelée à connaitre des changements paradigmatiques avec l’entrée en fonction de la nouvelle secrétaire générale de la Francophonie, madame Michaëlle Jean, donc d’un nouveau leadership.

Contribution des organisations internationales à la COP21

Les rapports de recherches du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) nous renseignent avec des preuves scientifiques que le réchauffement changement résultant de l’activité humaine est un défi énorme pour l’environnement et l’économie mondiale.

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L’OIF, comme toutes les autres organisations internationales, devrait offrir sa contribution pour protéger l’environnement, en encourageant les États membres à contribuer à la recherche des solutions durables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). L’OIF a tout intérêt à contribuer sérieusement à la réussite de cette conférence sur les changements climatiques, dans la mesure où, plusieurs de ses États-membres attendent beaucoup leur juste part des Fonds souvent promis et toujours pas décaissés, pour protéger l’environnement, notamment préserver les forêts humides d’Afrique centrale qui constituent le plus grand bloc mondial de forêt tropicale après le bassin de l’Amazonie au Brésil et qui contribuent énormément à la réduction les GES.

Forêt du bassin du Congo : deuxième poumon vert au monde

Point n’est besoin de rappeler ici que le bassin du Congo est le deuxième massif forestier tropical au monde. Plus de 10% de sa superficie a été classé en aire protégée par l’UNESCO et inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril. Cette forêt humide d’Afrique centrale joue un rôle important, au niveau mondial, par sa biodiversité exceptionnelle et ses écosystèmes qui contribuent à la régulation du climat avec la séquestration du carbone.

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Au niveau régional, plusieurs initiatives ont été mises en place pour la gestion et la préservation  des écosystèmes forestiers du bassin du Congo. La Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) réunit 10 États qui, de surcroit, sont tous également membres de l’OIF. Ceux-ci ont besoin des moyens financiers et techniques pour lutter contre la déforestation qui cause des dommages énormes à cette biodiversité exceptionnelle.

Un Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC) a été mis en place lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002 et reconnu auprès de la Commission pour le développement durable des Nations Unies. Ce Partenariat  regroupe plusieurs États et organisations internationales d’aide au développement pour protéger les écosystèmes forestiers du Bassin du Congo.

Contribution de la Francophonie à la COP21

Au vu des enjeux internationaux liés au réchauffement climatique mondial, une attention particulière doit être accordée dans l’élaboration d’un agenda commun francophone aux négociations de Paris. L’OIF, avec la volonté de la nouvelle secrétaire générale, peut faire les choses autrement, en accompagnant, notamment les pays en développement de l’espace francophone dans l’élaboration de leurs priorités de négociations.

Si tel est le cas, ce travail doit se faire maintenant plutôt que d’organiser, à la va-vite, des rencontres la veille du sommet, alors que les différents États auront déjà fixé leur agenda longtemps en avance et que les délégués n’ont plus beaucoup de marge de manœuvre.

À l’exemple du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, qui vient de nommer son « Monsieur changements climatiques » pour mener des actions cohérentes à l’échelle du système des Nations Unies et mobiliser les efforts pour la COP21 d’ici le 30 novembre 2015, en vue d’un accord consensuel pour le climat, espérons également que la nouvelle secrétaire générale de la Francophonie aura son « Monsieur changements climatiques ». Avec l’appui technique de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable, celui-ci devra sensibiliser les 80 membres, coordonner et rapprocher leurs points de vue afin que l’OIF sache parler d’une seule voix à la conférence de Paris et facilite un accord consensuel et contraignant pour l’environnement.

Tout compte fait, le succès de la COP21 sera au rendez-vous si et seulement si l’ensemble des États-Parties ont à cœur l’enjeu majeur de protection de l’environnement. Un tel succès sera à l’honneur non seulement de la France, membre éminent de l’OIF, mais aussi de toute la communauté francophone qui devra se réjouir d’avoir réussi, là où les autres ont échoué, à relever le défi important du réchauffement climatique.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

Journée mondiale des migrants et des réfugiés : Et les victimes du climat?

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Ce dimanche, 18 janvier 2015, le monde célèbre la 101e Journée mondiale des migrants et des réfugiés, à l’initiative de l’Église catholique. Le thème qui a été retenu cette année est « Église sans frontières, Mère de tous ».

Rappelons que l’initiative d’une « Journée mondiale des migrants et des réfugiés » est née en 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale. Le Pape Benoît XV voulait mettre en place une procédure internationale d’arbitrage pour restaurer le primat du droit sur la force des armes. Il invita alors les évêques à sensibiliser les fidèles catholiques aux besoins des émigrants et à instaurer dans toutes les paroisses une quête annuelle en faveur des œuvres qui les soutiennent.

À l’occasion de la 101e journée mondiale, le Pape François a lancé un appel pathétique qui, non seulement touche les fidèles catholiques, mais aussi toute personne qui a un sens de l’humanité et de bienveillance envers l’autre dans ce qu’il a d’humain — la dignité inhérente à la personne humaine.

En effet, tout individu mérite un respect inconditionnel et indépendamment de sa condition sociale. De toute façon, le fait d’être en situation irrégulière dans un pays autre que le tien ne fait pas perdre à un individu ses droits fondamentaux.

« À  une époque de si vastes migrations, un grand nombre de personnes laissent leur lieu d’origine et entreprennent le voyage risqué de l’espérance avec un bagage plein de désirs et de peurs, à la recherche de conditions de vie plus humaines. Souvent, cependant, ces mouvements migratoires suscitent méfiances et hostilités… avant même qu’on ne connaisse les parcours de vie, de persécution ou de misère des personnes impliquées … Les mouvements migratoires demandent qu’on approfondisse et qu’on renforce les valeurs nécessaires pour garantir la cohabitation harmonieuse entre les personnes et entre les cultures. » Message du Pape François.

Comme en 1914, les migrants fuient la violence, les guerres et conflits armés, la persécution par des régimes totalitaires et non démocratiques dans leurs pays d’origines. Mais il y a aussi ceux qui fuient les conséquences des changements climatiques.

Victimes du climat : migrants ou réfugiés?

Notre terre brûle parce que nous avons accepté d’appliquer la politique de la terre brûlée, par notre inaction à agir sur les causes réelles qui sont à la base du réchauffement climatique.

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Les responsabilités à ce sujet sont connues et documentées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce dernier a démontré dans ses différents rapports que l’intensification du dérèglement climatique due à l’activité humaine et ses effets, notamment à l’augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles est une certitude. Et que, l’inaction aurait des conséquences catastrophiques autant sur le plan humain qu’économique pour le monde entier.

Il est également connu que les répercussions dues au réchauffement climatique n’épargneront aucun territoire sur cette planète terre. Néanmoins, tous les pays ne subissent ou ne subiront pas de la même façon ces répercussions. Les pays riches du Nord peuvent avoir des moyens financiers et technologiques pour du moins atténuer les effets du climat, mais ceux du Sud sont plus vulnérables et n’ont pas les moyens pour faire face à la rigueur du climat.

Nous ne pouvons plus nous voiler la face, à l’allure où progresse le réchauffement climatique, toutes sortes des catastrophes naturelles — montée du niveau des mers, inondations, tempêtes, ouragans, sécheresse — sont prévisibles et peuvent causer d’innombrables maladies et épidémies dues au manque d’eau potable et à la famine.

Il est temps que la communauté internationale se préoccupent sérieusement du sort de migrants climatiques et protéger leurs droits fondamentaux, en agissant ensemble pour trouver des voies et moyens appropriés pour garantir les droits des personnes victimes du climat.

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En novembre prochain aura lieu à Paris en France la 21e conférence des parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques  (CCNUCC), communément appelée (COP21).

Cette conférence est cruciale dans la mesure où les États membres des Nations Unies devront se mettre d’accord pour une solution durable, en adoptant un traité international afin réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les défis du climat sont mondiaux et les solutions également. Les États doivent agir davantage maintenant pour prévenir qu’attendre plus tard pour réagir aux catastrophes naturelles. Ils doivent tous faire des efforts considérables, tant sur le plan financier que sur le plan de connaissances technologiques et leurs transfèrements vers les pays moins nantis.

Mais aussi et surtout de reconnaitre légalement aux victimes des changements climatiques un statut juridique internationalement reconnu. En effet, la situation des migrants ou refugiées climatiques est complexe. Le manque d’une convention internationale spécifique qui reconnaisse légalement la particularité de ces personnes victimes entraîne des conséquences néfastes en termes des droits, notamment les droits économiques, sociaux et culturels.

Migrants, réfugiés ou exilés économiques?

Bien que la mondialisation ait favorisé énormément la mobilité des biens et flux financiers, il reste que celle des personnes, notamment des pays pauvres vers les pays riches est parsemée de beaucoup d’embûches. Les politiques et réglementations en matière d’immigration (contrôles aux frontières, régimes de visa, permis de travail, etc.) de nombreux États riches érigent des barrières difficilement franchissables pour dissuader les migrations illégales. Dans certains pays, la migration est au centre des préoccupations nationales et source d’amalgames dans l’opinion publique.

Malheureusement, devant cette évidence, certaines personnes désespérées recourent à la migration clandestine pour la recherche de la survie, avec toutes les conséquences que cela comporte.

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L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a publié récemment un rapport « Fatal Journeys: Tracking Lives Lost During Migration » sur le nombre des décès de migrants dans le monde, pour la période de 2000 à 2014. Elle note que plus de 40 000 migrants ont trouvé la mort à travers les frontières terrestres et maritimes.

« Des migrants meurent et leur mort peut être évitée… il est temps de faire plus que compter le nombre de victimes. Il est temps d’appeler le monde entier à arrêter cette violence à l’encontre de migrants désespérés. », a déclaré William Lacy Swing, directeur général de l’OIM.

Les États aussi bien d’origine et d’accueil doivent agir ensemble pour rechercher des solutions efficaces et des alternatives possibles pour retenir dans leurs pays ces jeunes gens désespérés qui n’ont d’autres choix que de partir. Mais aussi pour attirer des cadres biens formés qui peuvent constituer une ressource humaine importante pouvant se mettre au service du développement socio-économique de leurs pays d’origine. À vouloir fermer les yeux et se pincer le nez, la réalité finit toujours par nous rattraper.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue