Et si c’était le stratagème du PPRD pour conserver le pouvoir?

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Le retour triomphal, le 23 décembre 2014, de Moïse Katumbi, gouverneur de la riche province du Katanga, après une absence prolongée de sa juridiction pour, officiellement, des raisons de santé, fait la Une de tous les journaux à Kinshasa et dans l’arrière-pays. Les médias congolais  y consacrent l’essentiel de leurs analyses au discours que le gouverneur Katumbi a adressé à ses administrés venus nombreux l’accueillir en liesse à sa descente de son jet privé à l’aéroport international de Lubumbashi.

Plus spécialement, les médias congolais décryptent les bouts de phrases « assassines » prononcés par le gouverneur du Katanga, pour conclure rapidement que le « mariage Kabila-Katumbi » est consommé. La métaphore sportive du « troisième faux penalty » utilisée par l’intéressé pour mettre en garde l’arbitre, que les supporters de l’équipe adverse n’accepteraient plus un faux penalty et pourraient descendre sur le terrain pour en découdre, est interprétée différemment. Les médias ont directement fait allusion aux deux mandats de Joseph Kabila et à l’éventualité d’un troisième qui ne passe pas aux yeux de nombreux congolais.

Ce n’est un secret pour personne que le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) veut à tout prix modifier la Constitution pour permettre à son président de se représenter pour un troisième mandat. Mais dans l’éventualité où toutes les tentatives de modification n’aboutiraient pas, étant donné que la Constitution en vigueur dans son pays ne permet pas à Joseph Kabila de se représenter pour un troisième mandat, le parti présidentiel chercherait une alternative crédible pour tenter de conserver le pouvoir.

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Dans une telle éventualité, le gouverneur du Katanga apparait, à plusieurs égards, comme celui qui pourrait gagner ce pari en 2016. Ainsi, il permettrait au parti à la fois de conserver le pouvoir et de garantir la sécurité du président sortant et de ses biens.

En effet, Katumbi est très populaire au Katanga et pas seulement. Sa popularité dépasse même les limites de sa province qu’il administre depuis les élections de 2006. Il n’hésite pas de venir au secours des congolais en dehors de sa province. Pour preuve, lorsqu’il a demandé à ses administrés venus l’accueillir, d’observer une minute de silence, il a parlé de toutes les victimes que le pays a enregistrées.

Grand mécène, Katumbi est bien connu dans le monde du sport tant national qu’international. Il est le manager du Tout Puissant Mazembe, une équipe de football qui a déjà remporté deux fois la coupe d’Afrique des clubs, respectivement en 2009 et en 2010. Son Tout Puissant Mazembe est le premier club africain à jouer une finale de la Coupe du monde des clubs en 2010.

En plus, Katumbi est issu d’une famille de riches commerçants du pays et lui-même en a les moyens financiers pour battre campagne dans un pays habitué à offrir des petits cadeaux aux électeurs pour gagner leurs voix.

Mais le grand handicap de Katumbi serait celui de se présenter sous la bannière du PPRD. Il aurait alors à devoir justifier toutes les décisions, bonnes ou mauvaises, prisent par son parti au pouvoir pendant près deux décennies, ce qui risquerait fort d’entamer sérieusement sa popularité.

En effet, il ne fait aucun doute qu’après deux mandats consécutifs de Joseph Kabila, précédés de 6 ans depuis qu’il est arrivé au pouvoir après la mort de Laurent-Désiré Kabila qui en avait déjà fait 4 ans, le candidat du PPRD aurait certainement du mal à présenter un bilan convainquant face à toutes les promesses faites et aux attentes légitimes que les congolais avaient de ce régime, tant sur le plan sécuritaire, économique et social.

Katumbi : candidat du parti ou un affranchi?

En politique, tous les stratagèmes sont bons pour conquérir et conserver le pouvoir. Ceux qui ont lu « Le Prince » de Nicolas Machiavel savent que l’art politique consiste à dompter la fortune en combinant la ruse et la force. Et, Machiavel recommandait au prince d’être rusé comme un renard et féroce comme un lion dans l’exercice du pouvoir.

J’ai aimé une analyse faite par Rémy Ngoy Lumbu, un natif du Katanga et professeur de droit à l’université de Kinshasa qui a écrit sur son compte Facebook : « Le retour de Chapwe Katumbi Moïse : un discours communiquant et distrayant ».

R. Ngoy Lumbu note que le gouverneur Katumbi devra clarifier sa pensée dans les jours à venir, car cela pourrait signifier effectivement qu’il s’opposerait à un troisième mandat de JKK, son patron jusqu’à preuve du contraire. L’auteur de ces propos dit n’est pas être naïf au point de penser que la déclaration du gouverneur Katumbi suffirait pour distancer les deux poids lourds de la politique congolaise. S’opposer publiquement à ce fameux troisième mandat n’est pas un indicateur de la déloyauté.

R. Ngoy Lumbu s’étonne par ailleurs que les congolais continuent à être distraits au lieu de revendiquer leur droit d’exiger la régularisation des mandats qu’ils ont confiés aux élus du peuple. Il met en garde tous ceux qui se réjouissent des zélotes et lance un appel aux congolais d’être exigeant en matière des « termes et délais ».

En effet, plusieurs analystes politiques qui s’intéressent à la situation en République démocratique du Congo (RDC) ne semblent pas croire à l’idée que par ces petites  phrases, Katumbi se serait réellement affranchi de l’autorité morale de son parti politique. Nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agirait d’un stratagème monté par son regroupement politique, avec l’appui probable de sa province pour conserver le pouvoir, en misant sur la popularité de Moïse Katumbi comme alternative possible.

Cela pour plusieurs raisons que nous ne saurons détailler présentement. Toutefois, il est nécessaire de noter que le Katanga est la province du chef de l’État congolais. Là où on a élu Joseph Kabila à 100 % en 2011.

Lorsque le président de l’Assemblée provinciale du Katanga – fervent défenseur de  Joseph Kabila – demande au président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) d’accélérer les préparatifs pour que le pays aille rapidement aux élections, alors que le gouvernement congolais voudrait d’abord recenser la population avant toute élection, qu’est-ce qui se trame derrière?

Les hommes politiques utilisent souvent la ruse d’une façon ou d’une autre pour convaincre et conserver le pouvoir. Le commun de mortel détecte difficilement ou en retard cette ruse, étant donné qu’elle est souvent voilée, protéiforme et omniprésente dans toute action de l’homme politique.

La ruse de l’homme politique est d’autant indétectable pour le commun de mortel, parce qu’elle est hautement une vertu intellectuelle qui consiste à adapter ses moyens à ses fins. C’est une habileté à tirer parti de l’ignorance du peuple, entretenue souvent par la dissimulation et la simulation des intentions de l’homme politique « l’être et le paraître ».

Si le gouverneur du Katanga a les intentions réelles de se présenter aux élections présidentielles de 2016, gageons que dans les jours à venir nous en saurons davantage sur les jeux politiques préélectoraux.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

DUDH, soixante-six ans après : quel bilan?

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Le 10 décembre 2014, le monde entier célèbre le soixante-sixième anniversaire (66 ans) de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH). Celle qui n’était en 1948 qu’une simple Déclaration non contraignante de 58 États-membres qui constituaient l’Assemblée générale des Nations Unies d’alors, suite aux atrocités de la deuxième guerre mondiale, est devenue la pierre angulaire du droit international des droits de la personne.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un instrument juridique non contraignant est soigneusement élaboré pour promouvoir et protéger les droits de la personne. Celui-ci énonce les principaux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels dont tout individu devrait pouvoir bénéficier pleinement.

Au fil du temps, la DUDH a inspiré un corpus important de traités internationaux légalement contraignants qui garantissent les droits fondamentaux de la personne, notamment :

La DUDH est donc considérée comme la pierre fondatrice et le document de référence indispensable pour l’élaboration de tous les instruments de protection des droits de la personne du système des Nations Unies. Elle a inspiré aussi bien le droit international coutumier que les Conventions régionales des droits de la personne, et même les Constitutions et législations nationales de nombreux États.

Qui protège les droits de la personne?

La DUDH énonce les droits fondamentaux de l’individu et leur reconnaissance; le respect des droits inaliénables et leur protection par un régime de droit respecté par tous les États, comme fondement même de libertés, de justice et de paix.

Il n’y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l’homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit, déclarait René Cassin, rédacteur de la DUDH et Prix Nobel de la paix 1968.

Conformément au droit international, en ratifiant les traités internationaux, les États s’engagent à assurer leur respect effectif et leur application dans les systèmes juridiques internes. Ils ont donc le devoir et l’obligation non seulement de respecter mais aussi de protéger les droits et libertés de la personne.

Cette Déclaration est universelle. Elle ne reconnaît aucune frontière, et chaque société peut trouver au sein de son propre système et de sa propre culture le moyen de la mettre en œuvre […] on entend souvent dire que les droits de l’homme ne seraient pas un concept africain, asiatique ou latino-américain. Mais ce sont les leaders qui affirment cela. Pas les peuples. Les gens savent bien, eux, que les droits énoncés par cette Déclaration sont essentiels, intrinsèques à la personne humaine […], disait l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan.

En effet, l’obligation de respecter suppose que l’État doit se retenir d’intervenir dans l’exercice des droits de la personne ou de les restreindre. Il doit protéger les individus et groupes d’individus contre les violations de leurs droits fondamentaux. Il doit prendre des mesures positives pour faciliter l’exercice des droits fondamentaux de la personne. Il doit mettre en place des législations nationales compatibles avec les obligations et les devoirs inhérents à ces traités. Bref, son système juridique national doit fournir une protection juridique principale des droits de la personne garantis par le droit international.

Quels sont les droits que l’État doit protéger?

Les droits contenus dans la DUDH sont nombreux et clairement définis dans le PIDCP et le PIDESC, et dans les sept autres Conventions internationales spécifiques énumérés ci-hauts. Ils constituent le socle même des traités internationaux des droits de la personne.

L’article premier résume très bien l’esprit et la philosophie de la DUDH :

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

En effet, tout être humain peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés sans distinction aucune. Il a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Il ne peut être tenu en esclavage ou en servitude; ni soumis à la torture, aux traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Ils ont droit à la justice et à un procès équitable. Ils ont le droit à la reconnaissance en tous lieux de leur personnalité juridique. Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé de force. Toute personne accusée est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement établie. Tout être humain a le droit à la protection de la vie privée. Il a droit à une nationalité, est libre de circuler à l’intérieur de son pays et de chercher asile dans d’autres pays.

Tout être humain a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; à la liberté d’opinion et d’expression; à la liberté de réunion et d’association pacifiques. Il a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays.

Tout être humain a le droit à la sécurité sociale; droit de travailler dans des conditions équitables et satisfaisantes et de s’affilier à un syndicat; droit au repos et aux loisirs. Il a droit à un niveau de vie suffisant, à la santé, à l’éducation, à un logement décent et à un environnement sain. Il a droit de prendre part à la vie culturelle de sa communauté.

La DUDH est venue marquer clairement l’universalité et l’unicité des droits civils, politiques, sociaux culturels et économiques. Ainsi donc les droits de la personne sont non seulement universels, ils sont inaliénables, interdépendants et indivisibles. Aucun État, groupement ou individu n’a le droit de détruire ces droits ou même de les restreindre arbitrairement.

Encore beaucoup de violations des droits contenus dans la DUDH

Soixante-six ans après, qu’avons-nous fait effectivement pour faire progresser les droits de la personne afin qu’ils deviennent une réalité pour tous? Certes, beaucoup a été fait sur le plan théorique, conventionnel et légal, tant au niveau international qu’au niveau des États, mais dans la pratique, il reste encore du chemin à parcourir. Nous vivons dans un monde marqué encore par beaucoup des préjugés qui parfois justifient certains actes d’injustices et d’inégalités structurelles.

Les femmes, par exemple, continuent de subir encore des actes de torture et autres traitements inhumains et dégradants. Dans certaines régions du monde, pour paraphraser le gynécologue congolais, Denis Mukwege, lauréat du Prix Sakharov 2014 :

Le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille, et le viol est utilisé comme une arme de guerre .

Pour atteindre l’idéal commun exprimé dans la DUDH, nous avons tous le devoir et la responsabilité de nous s’efforcer à respecter et promouvoir les droits et les libertés fondamentaux de nos semblables. Nous devons agir les uns envers les autres dans un esprit sinon de fraternité, au moins d’humanité.

En terminant, je ne peux pas m’empêcher de souhaiter bon anniversaire à tous ceux et celles qui sont nés à cette date mémorable du 10 décembre, pour la dignité humaine. Et, de faire un clin d’œil également à tous ceux et celles qui travaillent inlassablement pour la promotion et la protection des droits de la personne.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue