Francophonie: après le choix du secrétaire général, il y a les comptes

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À moins d’un mois, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) aura un nouveau secrétaire général. À peine investi, celui-ci aura du pain sur la planche pour réaliser des nombreuses promesses électorales. Étant donné que le budget de l’OIF est très modeste, que certains États ne payent pas à temps leur quote-part et que les contributions volontaires au Fonds multilatéral unique (FMU) ne cessent de diminuer d’année en année.

Qu’arrivera-t-il alors si les États et gouvernements membres jetaient leur dévolu sur un candidat qui ne requiert pas l’assentiment de grands bailleurs de fonds de l’OIF? Voilà une question qui mérite de retenir l’attention de décideurs.

Quand on se rappelle bien qu’en avril 2014, le Canada venait de suspendre sa contribution volontaire annuelle de dix millions de dollars au Commonwealth, en protestation contre les violations des droits de la personne au Sri Lanka, un pays qui assure le secrétariat de cette organisation, il y a de quoi s’inquiété. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’après 30 novembre 2014 risque de nous réserver des surprises.

Pour rassurer, le prestigieux Magazine, proche du milieu politique et économique franco-africain,  AFRICA Intelligence, La Lettre du continent, a révélé dans son numéro 692 du 22 octobre 2014 que : « Pour obtenir le soutien plus franc de Paris envers Michaëlle Jean, le premier ministre canadien, Stephen Harper, pourrait s’engager à augmenter la quote-part de son pays au Fonds multilatéral unique (FMU), le budget de l’OIF, en baisse depuis 2009, notamment en raison des restrictions budgétaires de la France qui empêchent de maintenir son niveau habituel de participation. »

En effet, bien que la France n’ait pas officiellement une préférence pour un candidat, il y a lieu de croire que le sujet sera au menu des discussions que François Hollande aura avec les premiers ministres du Canada et du Québec la semaine prochaine.

Déjà, le dimanche dernier, 26 octobre, la secrétaire d’État français au développement et à la Francophonie, Annick Girardin, était l’invitée d’ « Internationales », un rendez-vous hebdomadaire de TV5Monde, RFI & Le Monde. Dans une réponse à un journaliste, sur le choix de Paris pour succéder à Abdou Diouf à l’OIF, elle a ouvert une brèche : « Jusque-là on avait un représentant de pays du Sud à l’OIF, c’est quelque chose qui peut changer, mais il faut en discuter ». On peut donc déduire qu’il n’y a rien qui soit coulé dans le béton, n’en déplaise à ceux qui pensent que le poste doit absolument revenir à un Africain.

En choisissant délibérément le thème du XVe sommet, les chefs d’État et de gouvernement voulaient faire honneur aux femmes et aux jeunes pour leur contribution à la paix et au développement.

Tous les candidats dans la course pour la succession à l’OIF ont de riches expériences qui peuvent servir au bon fonctionnement de la Francophonie. Mais tout compte fait, la parité homme-femme devrait faire partie de critères de sélection pour être cohérent avec le thème du sommet.

D’ailleurs, peu importe les programmes d’action de candidats, une chose est vraie, ce sont les chefs d’État et de gouvernement qui déterminent la feuille de route que le secrétaire général doit respecter et rendre compte.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

Francophonie : dernière ligne droite pour une élection historique à l’OIF

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À un mois du sommet de Dakar, le compte à rebours a commencé en vue d’une élection historique qui pourrait marquer à tout jamais un pas important vers la modernité et l’ouverture d’esprit à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une élection qui, on espère, peut possiblement faire d’une pierre deux coups : à la fois faire progresser l’égalité de genre, l’équité et la représentativité continentales.

En effet, lorsqu’on analyse simplement l’intitulé du thème du XVe sommet de la Francophonie : « Femmes et jeunes en Francophonie: vecteurs de paix, acteurs du développement », on peut conclure d’emblée que, pour la toute première fois de son histoire, l’OIF s’apprête à marquer un tournant, en prenant une décision historique.

Les cinq candidats déclarés continuent de battre campagne sans désemparer, pour succéder à Abdou Diouf à l’OIF. Mais à entendre tout ce qui se dit au sujet de l’élection du prochain secrétaire général, dans les médias les mieux informés, dans les chancelleries diplomatiques et dans les arcanes du pouvoir des États membres, il y a fort à parier que la prochaine secrétaire général de la Francophonie s’appellera Michaëlle Jean.

Elle fait une campagne exceptionnelle, loin des polémiques et à un rythme tel qu’aucun de ses concurrents n’a pu la rattraper dans les pronostics. Elle est allée à la rencontre de plusieurs chefs d’État et de gouvernement, non pas pour quémander des voix, mais pour présenter sa vision pour la Francophonie du XXIe siècle. Un projet qui intéresse beaucoup des chefs d’État et de gouvernement, qui se sont par ailleurs formellement engagés à soutenir sa candidature.

Sont-ils prêts à désigner une femme à l’OIF?

La quasi-totalité des chefs d’État et de gouvernement, à l’exception de Catherine Samba-Panza de la République Centrafricaine, sont des hommes qui vont élire le nouveau secrétaire général de la Francophonie. Vont-ils choisir une femme? Il y a lieu de croire que oui. Parce qu’ils n’auront aucune excuse de faire en sorte que leur décision ne soit pas cohérente avec le thème qu’ils ont librement choisi pour le XVe sommet.

En effet, ils ont une bonne opportunité de jeter leur dévolu sur Michaëlle Jean, d’autant plus qu’elle est la seule femme candidate à l’OIF et qu’elle a l’étoffe qu’il faut pour assumer le mandat du secrétaire général. Ex-gouverneure générale (chef d’État) et une excellente communicatrice, Michaëlle Jean a des qualités intellectuelles et professionnelles, des compétences et expériences en diplomatie bilatérale et multilatérale nécessaires pour la fonction.

Non seulement elle est l’unique femme, elle est également la plus jeune de tous les candidats dans la course à l’OIF. Plus important encore, elle est la seule candidate qui est au fait des réalités quotidiennes des États du Nord comme du Sud et peut rapprocher les deux.

En effet, avec une candidature comme celle de Michaëlle Jean et surtout le projet qu’elle porte pour la Francophonie du XXIe siècle, on peut s’imaginer sincèrement que les chefs d’État et de gouvernement n’auront aucune hésitation à élire une femme à la tête de l’OIF. Bien au contraire, son élection serait sans aucun doute considérée comme une étape importante aux efforts de l’OIF pour faire progresser effectivement l’égalité des sexes.

C’est d’ailleurs le vœu de beaucoup des francophones qui pensent que l’élection de Michaëlle Jean aurait une importante répercussion et serait une source de fierté tant pour les femmes en générale que pour les jeunes filles qui sont sur les bancs de l’école, d’avoir d’ambitions et l’audace d’espérer.

Les chefs d’État et de gouvernement ont donc une bonne opportunité d’envoyer un message positif aux femmes et jeunes francophones que l’égalité des sexes est un droit qui n’est pas seulement consigné sur papier, mais elle est une réalité à l’OIF.

Que peut apporter une femme à l’OIF?

On ne le dira jamais assez, mais une chose est vraie, une femme à la tête de l’OIF peut s’avérer être un atout majeur pour cette organisation qui est appelée chaque fois à faire de médiations dans des conflits armés qui secouent encore certains États membres. Les femmes ont souvent une approche différente pour le règlement des différends.

Il y a lieu de croire que les chefs d’État et de gouvernement qui s’apprêtent à choisir le prochain secrétaire général, garderont à l’esprit que la reconnaissance et la valorisation de l’apport des femmes et des jeunes pour la paix et le développement passe par leur implication dans la gestion effective de l’OIF.

Qu’on le veuille ou non, la présence d’une femme à l’OIF va certainement apporter une touche spéciale et parfois différente que celle qu’apporterait un homme. Les femmes sont naturellement sincères dans leurs propos et dégage souvent une image positive. Elles sont animées d’un désir profond de paix, de justice et de dialogue, à la place des armes, pour régler les conflits.

Michaëlle Jean est pleine d’énergies et prête à servir l’OIF et à lui insuffler une nouvelle dynamique. Elle croit fermement que l’OIF peut jouer un rôle important en créant les conditions favorables aux États et gouvernements membres qui souhaitent développer leurs économies, intensifier leurs capacités de production, maximiser leurs échanges économiques et commerciaux.

Michaëlle Jean a une réelle volonté de faire progresser les droits et libertés de la personne, de rechercher de solutions efficaces pour engager la Francophonie sur le chemin de la prospérité économique.

Il serait donc temps qu’une femme prenne les rênes de l’OIF. Mais est-ce que les chefs d’État et gouvernement vont-ils effectivement briser le plafond de verre pour choisir une femme, pour la première fois, à l’OIF? Rendez-vous est pris dans un mois.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

Francophonie : une femme en passe de devenir la prochaine secrétaire générale

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L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) amorce un tournant décisif de son histoire, avec l’élection de son prochain secrétaire général. La campagne qui s’est déroulée dans le respect mutuel des candidats, tire à sa fin. À moins d’être surpris par les ouvriers de la onzième heure, sinon la course à la tête de l’OIF se jouera définitivement à cinq, après que Dioncounda Traoré du Mali a décidé de jeter l’éponge.

Sur les cinq restants, quatre viennent du continent africain, tandis que la cinquième est la synthèse de trois continents. Si aucun d’entre eux ne se retire avant le sommet, il est fort probable que la seule femme dans la course soit élue prochaine secrétaire générale de la Francophonie.

Il y a des signes qui ne trompent pas. La semaine dernière, Michaëlle Jean était en France pour promouvoir sa candidature. Après une présence très remarquée à New York, en septembre, lors de l’Assemblée générale des Nations unies où elle a eu des entretiens fructueux avec un bon nombre de chefs d’État et de gouvernement, des ministres des Affaires étrangères de pays francophones et différents autres leaders mondiaux.

Le 8 octobre 2014, elle a prononcé un vibrant discours à Paris devant un parterre de plus de 120 personnes, triées sur le volet. Parmi lesquelles, on a noté la présence des représentants personnels des chefs d’État et de gouvernement auprès de l’OIF, des ambassadeurs de pays membres de l’OIF accrédités à Paris et à l’Unesco, des membres des cabinets du premier ministre français et de la ministre française en charge de la Francophonie, des hauts fonctionnaires du ministère français des Affaires étrangères, des membres de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, des députés et sénateurs de groupes d’amitié France-Canada et France-Québec, des opérateurs de l’OIF (TV5, AUF, AIMF), ainsi qu’une douzaine de médias français et internationaux.

Un discours qui avait des allures de programme d’action du prochain numéro un de l’OIF. Dans ses propos, Michaëlle Jean entend être la secrétaire générale du Nord et du Sud, qui veut moderniser la Francophonie, pour qu’elle réponde présente aux défis du 21e siècle. Elle veut engager la Francophonie sur le chemin de la prospérité, du respect des droits et des libertés, de l’État de droit et la démocratie, de la transparence et la bonne gouvernance, de l’imputabilité et la lutte contre la corruption, de la promotion des principes de responsabilité sociale et environnementale des entreprises, etc.

Comment se fait le choix du secrétaire général de l’OIF?

En réalité, il ne s’agit pas d’une élection au sens propre du terme. Les chefs d’État et de gouvernement privilégient le consensus, au travers des discussions, concessions et compromis. Ainsi, pour ne pas polluer le débat sur d’autres enjeux majeurs du sommet de Dakar, les 57 chefs d’État et de gouvernement membres sont conscients de la nécessité de trouver un accord avant le sommet de novembre prochain, pour la nomination du nouveau secrétaire général. Tous comptent sur les arbitrages de la France, État autour duquel a été fondé l’OIF, pour les départager.

Pour ce faire, les diplomates s’activent à convaincre les gouvernements membres de se mettre d’accord sur une personne qui sera en mesure d’exécuter la feuille de route qui sera définie à Dakar, et cela, tout en tenant compte du fait que le 15e sommet veut valoriser le travail des femmes et des jeunes pour la paix et le développement.

L’objectif n’est pas de trouver absolument une personne qui ait la carrure d’Abdou Diouf pour le succéder. Le président Diouf a fait ses marques, tout le monde le reconnaî. Il a doté l’organisation des institutions centrées sur les missions premières et fondamentales de l’OIF, à savoir la promotion de la langue française et de la diversité culturelle, le soutien à l’éducation et la formation, la promotion des droits de la personne et la prévention des conflits, etc.

Pour la suite des choses, nombreux diplomates, mais aussi d’analystes qui s’intéressent à l’OIF, estiment que la croissance économique et la prospérité de l’espace francophone peuvent certainement apporter des réponses efficaces et renforcer les efforts de l’OIF dans la réalisation de ses missions fondamentales. Par conséquent, l’OIF ferait mieux d’être dirigée par une personnalité qui a une bonne compréhension des nouveaux enjeux et de l’évolution du monde contemporain, pour la positionner parmi les acteurs indispensables sur l’échiquier mondial.

Nous sommes reconnaissons que tous les candidats ont des riches expériences qui peuvent servir au bon fonctionnement de l’OIF. Néanmoins, il serait mieux d’aller au-delà, de tenir compte également des paramètres qui ont été longtemps marginalisés, notamment la parité homme-femme, afin de choisir celle ou celui qui réunit suffisamment d’atouts pour porter la voix de l’OIF auprès des instances internationales, pour une mondialisation plus équitable.

Est-ce possible une femme à l’OIF?

Quarante-quatre ans après la création de cette organisation intergouvernementale, nombreux chefs d’État et de gouvernement membres de l’OIF sont d’avis qu’il est temps de nommer, pour la première fois, une femme à la tête de l’OIF. Cela, non seulement pour être cohérent avec la thématique choisie pour le 15e sommet, mais aussi pour démontrer que l’organisation a atteint la maturité et est tournée définitivement vers la modernité et l’ouverture d’esprit.

Le choix probable de Michaëlle Jean, la seule femme dans la course présentement, ne doit pas être vu comme une faveur faite aux femmes. N’en déplaise à tous ceux qui s’évertuent à véhiculer des inepties dans le seul but de nuire, Mme Jean incarne le renouveau et la modernité dont a besoin la Francophonie du 21e siècle.

Nul n’arrive à ce niveau – gouverneure générale, envoyée spéciale de l’Unesco, chancelière de la plus grande université bilingue au monde -, qui veut. Se voir honorée d’une trentaine de Doctorats honoris causa des plus grandes universitaires au monde n’est pas un hasard. Il faut avoir des connaissances, des compétences, des expériences de vie et de travail qui inspirent confiance, pour se voir confier de telles responsabilités. Mme Jean possède une grande expérience diplomatique pour diriger l’OIF.

Comme elle ne cesse de le répéter : « Je suis à la fois du Nord et du Sud … je suis de la diaspora africaine, d’Haïti et du Canada ». Elle a un charisme et est très proche de gens, petits et grands. Sa feuille de route pour la Francophonie du 21e siècle résume bien les préoccupations de nombreux États et gouvernements, du Sud comme du Nord. Elle a la volonté et l’enthousiasme de faire bouger les choses à l’OIF, dans le sens de la volonté exprimée par les chefs d’État et de gouvernement à Kinshasa et très probablement de celle qui sera dégagée à Dakar.

Pendant sa campagne, elle a rencontré plusieurs chefs d’État et de gouvernement. Dans leurs conversations, l’économie a été le maître mot du virage que doit prendre la Francophonie dans les années à venir. Nombreux la soutiennent justement pour l’action qu’elle veut mener pour relever ce défi.

Michaëlle Jean n’est pas la seule candidate que parle de l’économie. Le candidat mauricien, Jean-Claude de l’Estrac, qui la talonne dans cette course, a présenté, il y a deux semaines, ses « douze propositions pour la Francophonie de demain ». Celles-ci ressemblent à la « vision pour la Francophonie du 21e siècle » qu’avait déjà présentée Mme Jean dans son plaidoyer rendu public sur son site Internet http://www.michaellejean.ca/

Les deux candidats misent sur la dimension économique de la Francophonie et s’appuient largement sur les progrès et performances économiques réalisés par leurs pays respectifs, pour servir de modèle de succès économique à d’autres pays membres de l’OIF. Mais, ce qui les différencie est que, Mme Jean a une vision claire et une bonne compréhension des préoccupations des pays du Nord et ceux du Sud dans cette organisation. Elle s’engage avec passion et enthousiasme pour servir à la fois pour les intérêts des uns et des autres au sein de l’OIF.

De plus, elle pourra faire bénéficier l’OIF de son aura, de son charisme et de son carnet d’adresses pour porter la voix de pays membres sur toutes les tribunes, au cœur de toutes les institutions et arènes décisives où se discutent les grandes réformes des systèmes multilatéraux.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue

 

RD. Congo : le PPRD de Joseph Kabila risque de subir le sort du MPR de Joseph-Désiré Mobutu

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Depuis quelques mois en République démocratique du Congo (RDC), l’enjeu du débat politique tourne autour de la candidature de Joseph Kabila qui, en 2016, totalisera 15 ans de pouvoir. La question au centre du débat est : « va-t-il se représenter pour un troisième mandat? »

Normalement, si la RDC portait réellement son nom de – Congo démocratique -, cette question n’allait même pas se poser et faire l’objet d’un débat public. C’est comme si l’on demandait à Barack Obama, s’il vaudrait un troisième mandat. Mais rien n’y fait, le débat s’éternise : doit-on réviser ou non la constitution?

Il y a, d’un côté, les tenants du pouvoir qui tiennent mordicus à faire sauter le verrou constitutionnel pour permettre à leur champion de briguer un énième mandat. De l’autre, la grande majorité de la population ne trouve pas la nécessité et l’urgence de toucher à la constitution à quelques mois de la joute électorale.

Élection présidentielle de 2016, avec ou sans Kabila?

La constitution en vigueur en RDC ne laisse aucune possibilité de briguer un troisième mandat présidentiel, mais une franche des partis politiques de la majorité présidentielle veulent faire du forcing pour réviser ces dispositions intangibles.

Les partis politiques de l’opposition sont complètement en désaccord à l’idée de modifier les règles de jeu à la veille des élections. Même certaines personnalités de la majorité au pouvoir ne sont pas du tout à l’aise avec cette proposition de leur famille politique.

La deuxième personnalité dans l’ordre constitutionnel de la RDC, le président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo, s’oppose catégoriquement à la révision des dispositions intangibles de la constitution en vigueur:

Si l’on modifie ces dispositions, on détruit, par le fait même, tout l’édifice constitutionnel construit dans la peine. On n’est dès lors plus dans la même constitution, mais dans une autre. Il ne faut pas tirer prétexte de la révision pour aboutir à un changement de constitution. Cela n’est pas prévu par la constitution en vigueur.

Les confessions religieuses, notamment les princes de l’église catholique du Congo, n’ont pas raté l’occasion pour enfoncer le clou contre toute révision constitutionnelle.

Les partenaires internationaux, bilatéraux et multilatéraux de la RDC, ont également emboîté le pas. Ils sont opposés à toute modification de la constitution au stade actuel.

Le secrétaire d’État américain, John Kerry, lors de son dernier passage en RDC, avait signifié clairement son opposition à la révision constitutionnelle dans l’unique but de permettre au président actuel de briguer un troisième mandat.

L’Organisation des Nations Unies (ONU), par la bouche de l’envoyé spécial du secrétaire général, Ban Ki-moon, pour la région des Grands Lacs, Saïd Djinnit, a indiqué clairement au respect de la loi fondamentale du pays:

La position de principe de l’ONU sur ce sujet, c’est d’encourager les États à respecter les constitutions et à créer les conditions les plus propices pour la tenue de l’élection démocratique et pacifique.

Comme on peut l’imaginer, tous ne demandent qu’une chose, le strict respect de la constitution en vigueur.

Y aurait-il alors un candidat du PPRD en 2016?

Le jeudi 25 septembre 2014, du haut de la tribune des Nations Unies à New-York, où il a assisté à la session annuelle de l’Assemblée générale, Joseph Kabila a réaffirmé sa volonté d’organiser les élections conformément au calendrier prévu pour 2016:

Je réaffirme la tenue prochaine des élections conformément au calendrier arrêté par la commission électorale nationale indépendante. Toutes les dispositions sont prises pour que notre pays en sorte plus apaisé, plus uni et plus fort.

En effet, bien que le président Kabila dont mandat achève en 2016, ait réaffirmé que son gouvernement allait organiser les élections apaisées conformément au calendrier électoral, on observe malheureusement qu’aucune disposition n’est prise au sein de son parti politique, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et de sa Majorité présidentielle (MP), pour conserver démocratiquement le pouvoir.

Joseph Kabila qui achève son deuxième et dernier mandat présidentiel, ne peut normalement plus se représenter pour un troisième mandat, mais il laisse planer des doutes sérieux sur ses intentions profondes, au point qu’on soupçonne qu’il veut, coûte que coûte, s’accrocher au pouvoir.

Pour preuve, le 21 mars dernier, lors d’une rencontre avec les membres de sa famille politique, dans sa ferme privée de Kingakati, dans la banlieue de Kinshasa, Joseph Kabila aurait clairement affirmé à qui veut l’entendre :  » Il n’y a pas de Dauphin. Et, il n’y en aura pas […] 2016, c’est de la distraction « . Du coup, tous ceux qui, au sein de son parti politique et dans sa majorité présidentielle, voulaient prendre des ailes pour prétendre à la magistrature suprême, ont reçu un message clair et net de tempérer les ardeurs.

Mais même dans la certitude, un manager qui ne prévoit pas des alternatives de sortie éventuelles est un imprudent. On a beau être sûr et certain, prévoir avec minutie et dans les petits détails tout ce qu’on aimera faire pour réussir son coup, c’est toujours rassurant d’avoir un plan B pour se protéger d’un éventuel échec.

Y a-t-il un plan B au PPRD?

Je ne peux pas m’imaginer un seul instant que le PPRD n’ait pas des stratèges politiques qui réfléchissent sur des scenarios possibles et imaginables pour conserver le pouvoir qu’ils ont acquis par les armes avec de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et conserver par un processus démocratique avec deux élections en 2006 et 2011, bien qu’une franche importante de la population congolaise a toujours douté de la transparence de ces élections.

Que je sache, aussi bien les stratèges politiques que militaires élaborent toujours deux plans pour conquérir le pouvoir ou pour gagner la guerre.

Le premier, plan A, est le principal qui consiste à y aller avec certitude pour gagner. Le second, plan B, est une pièce de rechange dans le cas où le plan A ne fonctionnait pas.

Cette stratégie est utilisée même dans la gestion des organisations. Les managers rompus dans la gestion de la chose publique ou privée, planifient toujours en tenant compte des risques éventuels et en prévoyant des issues de secours.

Les partis politiques se battent pour prendre le pouvoir ou s’y maintenir. C’est tout à fait normal dans un jeu démocratique que la lutte pour le pouvoir soit au centre de la vie politique.

Mais pour les analystes avertis de la situation politique en RDC, le débat constitutionnel qui fait rage actuellement n’augure pas de lendemain meilleur pour ce pays. Même les plus naïfs savent que le PPRD-MP actuellement au pouvoir prépare un coup de force qui risque de replonger le pays dans le chaos.

De deux choses l’une, soit ils veulent tout foutre en l’air et replonger le pays dans un climat d’incertitude générale; soit ils engagent une épreuve de force avec tous ceux qui s’opposent à un troisième mandat présidentiel et de se maintenir par la force des armes, en faisant fi de la volonté majoritaire de forces vives du pays et du souhait de la communauté internationale qui demande de respecter strictement la loi fondamentale du pays.

La morale de l’histoire, c’est qu’il ne faut jamais sous-estimer la capacité de l’homme politique congolais à se métamorphoser. Aujourd’hui, presque tous les anciens mobutistes du Mouvement populaire de la révolution (MPR), qui avaient poussé le président Mobutu jusqu’auboutisme, se sont recyclés au kabilisme. Ils ont réussi même à déloger les « libérateurs » qui avaient accompagnés Laurent Désiré Kabila au pouvoir.

S’il y avait un conseil à donner : il faut savoir quitter le pouvoir avant qu’il ne vous quitte. Il y a une vie après la présidence de la république. L’exemple de l’ancien président du Sénégal, Abdou Diouf, illustre bien cette réalité. Mais pour cela, il serait mieux de préparer la relève, voire l’alternance démocratique pour le bien de son pays, de son peuple, mais aussi de tous ceux qui vous ont servi.

Isidore Kwandja Ngembo, politologue